27e festival Don Quichotte au Théâtre 13 : retour du rendez-vous en version originale !

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05-12-2018 par Natalia Calvo

Entre le 23 novembre et le 03 décembre a eu lieu au Théâtre 13/ Seine, la 27ème édition du festival de théâtre en espagnol surtitré en français "Don Quijote", prescrit et recommandé pour rêveurs de toute condition : écoliers, collégiens, lycéens, étudiants et leurs enseignants, hispanophiles, hispanophones, ou spectateurs avides de voir, entendre et découvrir une sélection des pièces de théâtre classiques et contemporaines ainsi que des compagnies espagnoles et latino-américaines* reconnues par le public et la critique.

Chaque année au mois de novembre, à Paris 
«Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle …» 
Arrive enfin
Le festival de Théâtre Don Quijote !
Qui nous fait quitter la Triste figure
Avec allure !

Heureusement l’automne et ses feuilles mortes, le changement d’heure et ses journées plus courtes, la chute de vitamine D, et la fin du trimestre n’arrivent pas tous seuls ! Personnellement, j’ai connu le Festival Don Quijote lorsque j’étais étudiante à l’université de Nanterre, et un de nos professeurs, Mme Paola Domingo, nous a proposé d’assister à une représentation pendant le Festival.

«¡ Muchísimas gracias, señora Domingo !»

Le Festival a été créé en 1992, et cela pouvait certainement paraître une mission quichottesque, celle d’organiser un Festival de théâtre entièrement en espagnol à Paris … ¡Albricias ! **
En 2011, son directeur artistique, Luis Giménez a reçu le prix Max  de la critique en Espagne – l’équivalent des prix Molière en France - en récompense pour cette initiative en France.
Cette année la programmation du Festival s'est centrée autour de « la génération du 98 » et deux de ses grands auteurs emblématiques : Miguel de Unamuno y Ramón del Valle Inclán.
En 1898, l’Espagne perd Cuba, Puerto Rico, et les Philippines, dernières colonies de ce qui avait été un grand empire depuis le XVI siècle. Cette période est également connue comme le « Désastre » Elle a été vécue comme un traumatisme, comme souvent en temps de crise ; une  ébullition des idées donnera lieu à une nouvelle génération d’écrivains qui réfléchira et écrira sur la décadence de l’Espagne, sur l’identité espagnole.

Quelle chance inouïe pour nous enseignants de langues d’offrir à nos élèves et étudiants l’occasion de découvrir, d’entendre, de s’émouvoir et de mieux appréhender ainsi des textes et des pièces qui ont marqué l’air hispanique, en version originale !

La programmation a démarré très fort avec la pièce Venceréis pero no convenceréis jouée par le grand comédien espagnol José Luis Gómez, directeur du théâtre de l’Abadía à Madrid. Le titre de la pièce, Vous vaincrez mais vous ne convaincrez, fait directement allusion à la phrase devenue mythique (dont certains discutent l’exactitude de l’expression) que Miguel de Unamuno recteur de l’université de Salamanque a prononcée dans le grand amphithéâtre le jour de la commémoration de la découverte de l’Amérique appelée à l’époque « Día de la Raza » discours qui n’était pas prévu ce 12 octobre 1936 durant les premiers mois de la guerre civile espagnole. Ce discours qui a été raconté, reconstruit par de témoins divers et variés, qui a circulé tout au long des générations qu’on imagine si dramatique est un des moments culminants de la pièce. 

Rien que pour vivre l’intensité émotionnelle transmise par le comédien José Luis Gómez redonnant vie au philosophe et surtout à l’homme que fut Miguel de Unamuno à un moment clé de l’histoire européenne, redonnant vie à un homme face à sa vérité qu’il ne peut pas s’empêcher d’exprimer, pour défendre la raison, pour réclamer la compassion, l’empathie, c’était un spectacle à ne pas rater ! 

Rien que pour entendre ce discours contre la haine et cet appel à raison et cette dénonciation de « guerres inciviles » - si nécessaire par les temps qui courent - c’était un spectacle à ne pas rater ! Une bonne dose de courage et de civisme avec un grand moment théâtrale à vivre !

“La libertad, Sancho, es uno de los más preciosos dones que a los hombres dieron los cielos; con ella no pueden igualarse los tesoros que encierra la tierra ni el mar encubre; por la libertad, así como por la honra, se puede y debe aventurar la vida, y, por el contrario, el cautiverio es el mayor mal que puede venir a los hombres.” 

“ La liberté, Sancho, est un des dons les plus précieux que les cieux aient faits aux hommes.  Rien ne peut la valoir, ni les trésors que la terre renferme, ni ceux que recouvre la mer. Pour la liberté, comme pour l’honneur, on peut, on doit mettre sa vie au hasard des aventures. Inversement, la captivité est le plus grand mal qui puisse arriver aux hommes »

Seconde partie de l’Ingénieux Chevalier Don Quichotte de la Manche 1615 Trad. Jean Raymond Fanlo 

L’oeil de l’équipe

«Quedarse callado equivale a mentir; porque el silencio puede ser interpretado como aquiescencia » 
« Se taire équivaut à mentir, car le silence peut être interprété comme un acquiescement »

Nous avons assisté à cette représentation avec une classe de TES, avec qui nous travaillons sur la mise en abyme au théâtre pour évoquer le double dans l’œuvre de Miguel de Unamuno et l’homme et ses contradictions. La pièce nous fait vivre les derniers mois de l’écrivain basque, soumis dans la solitude et l’enfermement car considéré comme un traître par les deux camps. Nous étudions le discours du 12 octobre et d’autres grands discours qui ont marqué l’histoire.

Pourquoi on ose prendre la parole ? Pour dénoncer ou réclamer quelles causes ?
Les hispanistes Colette et Jean Claude Rabaté ont prologué la pièce de José Luis Gómez et ont écrit plusieurs ouvrages et articles sur la vie et l’œuvre de Miguel de Unamuno.

 EMC  
Le travail de mémoire.
L’engagement. Les grands discours de l’histoire.

Français 
Le genre de l’argumentation. Convaincre et persuader. Ecrivains désenchantés, révoltés : Georges Bernanos : Les grands cimetières sous la lune.

Philosophie  
L’ existentialisme et Unamuno.

Anglais 
Grands discours qui ont marqué l’histoire, grandes figures.
Shakespeare Le Roi Léar.

En espagnol  
Cycle terminale : Mythes et héros. 
Seconde : héritages et ruptures.

Thèmes possibles à aborder 
La guerre civile espagnole.
La vie et les derniers mois de vie de Miguel de Unamuno.
La mythification d’un discours.
L’engagement et destin des intellectuels pendant la guerre civile par exemple : Miguel de Unamuno, Antonio Machado Federico García Lorca.
Lieux et dates emblématiques: le grand amphithéâtre de l’université de Salamanca. Dates : la conmémoration du 12 de octobre.
Objectifs culturels : la deuxième république espagnole. Le triomphe du Front populaire. Les divisions. La figure de Miguel d’Unamuno. La célébration du 12 octobre dans l’histoire. Personnages : Miguel de Unamuno. Millán Astray.
De poèmes et des lettres de Miguel de Unamuno pour illustrer sa pensée et ses contradictions. Genre épistolaire.

Sites à consulter 
Trailer de la pièce ici

Lectures, films, émissions… 
Pollux Hernández   Venceréis pero no convenceréis, La última lección de Unamuno
Miguel de Unamuno    Le sentiment tragique de la vie/ El sentimiento trágico de la vida, 1913.                     Théâtre: El otro, 1932. Roman: Niebla / Brouillard, 1914.                                                                                    Film documentaire  Mourir à Madrid, Fréderic Rossif 1963
Emission radio ici

***

Festival Don Quichotte-Théâtre 13/Seine
Crédit photo  JaviBurgos-Cross Border ( Fiesta Fiesta Fiesta)
Du 23 novembre au 02 décembre 2018
Renseignements ici 

***

Venceréis pero no convenceréis, Théâtre 13/Seine
Vendredi 23 novembre 2018 20h.  
De José Luis Gómez 
À partir des textes de Miguel de Unamuno 
Collaboration au texte et à la dramaturgie Pollux Hernúñez
Mise en scène Carl Fillion et José Luis Gómez
Scénographe associé Eduardo Moreno
Illumination  Felipe Ramos
Vidéoscène  Álvaro Luna
Avec des images cédées par  Carlos Saura
Espace sonore Eduardo López
Caractérisation Sara Álvarez
Assistante à la mise en scène   Lino Ferreira
Assistant de direction  Juan Paños
Voix et ombres  José Luis Alcobendas, Ernesto Arias, Jesús Barranco, Miguel Cubero, Palmira Ferrer, Hugo Fuertes, Carlos Hipólito, Javier Lara e Inma Nieto
Photographie Sergio Parra
Scènographie Proescen y equipo de La Abadía
Costumes Ángel Domingo

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