"Donnerstag aus Licht" à l'Opéra Comique : génialement pluridisciplinaire !

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21-11-2018 par Marie-Madeleine Rey

Sept journées et presque autant de disciplines artistiques réunies ! Voici le projet génial et fou à vivre à l'Opéra comique : porté par l'ensemble Le Balcon et Maxime Pascal, superbement mis en scène par Benjamin Lazar. Ce spectacle total et délirant est porté par de fabuleux danseurs, chanteurs, instrumentistes et autres vidéastes. A ne pas rater !

Donnerstag aus Licht, un opéra monde

Karlheinz Stockhausen (1928 – 2007) a conçu avec Licht  un cycle monumental, délirant, découpé en sept journées, et qui l’a occupé pendant plus de vingt cinq ans de sa vie. Ce cycle sera donné intégralement sur cinq ans, grâce à la ténacité de Maxime Pascal et de son ensemble Le Balcon.
Le volet proposé ici, Donnerstag, auquel se joint le metteur en scène Benjamin Lazar, est scéniquement une création française. Récit de la vie d’un homme, Michael (double du compositeur et de l’archange Michel) qui se déroule en trois actes/trois temps : L’enfance ; Le voyage autour de la Terre ; Le retour au pays.

Le premier acte raconte l’enfance de Michael ; la découverte de la musique par sa mère et celle de la chasse par son père ; la violence avec les disputes de ses parents ; la douleur suite à la mort de sa mère après sa folie et celle de son père à la guerre. Chaque personnage principal est représenté sous trois aspects : chanteur, instrumentiste et danseur. Cette partie est très cinématographique : trois écrans en fond de scène permettent de suivre le texte et des images filmées du jeune Michael (Karlheinz ?) découvrant par exemple la musique, le dessin, les sons…. La musique est là présente partout sous toutes ses formes - directe, amplifiée, circulant à travers toute la salle de spectacle, nous enveloppant amoureusement ou diaboliquement. L’ensemble à géométrie variable, Le Balcon, emmené par un chef inspiré nous fait passer d’émotion en émotion et nous emporte avec lui dans ce tourbillon musical. La danse qui soutient chaque personnage n’est pas en reste : Emmanuelle Grach qui incarne Michael en culottes courtes vit chaque geste profondément.

Cet acte est musicalement particulièrement complexe : jeu, souffle, claquements, mots…. Les instrumentistes ont un rôle de « comédiens » qu’ils apprécient visiblement. Ce ne sont plus les mots qui narrent l’histoire mais la musique et les sons. Quel délice !

Le troisième acte fait appel à un effectif énorme : cinq groupes instrumentaux, cinq chœurs, un orchestre à cordes. La scène et la salle baignent littéralement dans la musique et les sons de toute nature. Nous ne sommes plus dans un voyage mais dans le cosmos. Nichés ça et là dans la salle, parmi fauteuils et balcons, les chœurs accompagnent les deux personnages principaux Michael et Eva (toujours présents sous trois aspects). Au cours du « Festival » offert par Eva (Amante/Mère – voix/cor de basset/danseuse) à Michael pour son retour, Luzifer (Ange déchu/Père - voix/trombone/danseur) s’invite à la fête et se confronte au héros. Il finira par quitter la place. Combat du Bien et du Mal ?

Michael, présent sous sa triple apparence, expose son thème (son leitmotiv ?) et l’entremêle avec celui de Luzifer note à note. In fine, Michael revoie sept instants de sa vie. L’œuvre se termine face au public, apaisée, discrètement soutenue par une nappe synthétique.

Les deux premiers actes sont riches d’inventions, de découvertes tant musicales que visuelles, les jeux des instrumentistes/chanteurs/danseurs sont tour à tour pleins de poésie ou de fureur. On se plaît à suivre l’épanouissement du jeune Michael jusqu’à sa maturité ; on s’embarque dans son périple à travers le monde ; toutefois le troisième acte, trop empreint de principes métaphysiques qui nous installent dans un autre temps comme suspendu, nous semble trop austère.


Il est difficile de rendre compte de tout ce qui est présenté sur scène en raison de la multiplicité des combinaisons d’aspect visuel, auditif, dramaturgique écrites et expressément voulues par Stockhausen, ainsi des voix, éléments parmi d’autres, d’où on peut extraire la basse de Damien Pass (Le Père/Luzifer) et la soprano de Léa Trommenschlager (La Mère).

 

 


« Licht est une grande déclaration d’amour à l’Art créé par les humains », explique Benjamin Lazar. Si la passion peut rendre un compositeur quelque peu présomptueux sur les limites d’un « opéra total», le challenge qu’a relevé l’Opéra Comique est « totalement » réussi.

L’oeil de l’équipe

Regards croisés à propos de Donnerstag aus Licht

Littérature 
Le livret  au XXème siècle
Travail sur l’autobiographie
Le voyage autour de la terre
La mise en scène, la mise en espace

Histoire 
Histoire de l’Allemagne au début du XXème siècle

Education musicale 
Biographie du compositeur
Musique concrète avec Pierre Schaeffer puis musique électronique
Le leitmotiv (ou la formule) dans Licht
Les instruments solistes : trompette, cor de basset, flûte traversière, trombone, tuba ….
Les différentes façons de jouer (jeu, tappements, souffle, mots….)

Sciences physiques et Technologie 
La spatialisation
L’optique (écran dans la troisième partie)

Education physique et sportive 
Danses actuelles et contemporaines
Codes occidentaux et orientaux. (notamment Japon)

                                   ***

Donnerstag aus Licht-Opéra Comique

De : Karlheinz Stockhausen
Direction musicale : Maxime Pascal
Mise en scène : Benjamin Lazar
Assistante mise en scène : Elizabeth Calleo
Décors & costumes : Adeline Caron
Lumières : Christophe Naillet
Vidéo : Yann Chapotel
Réalisateur en Informatique musicale : Augustin Muller
Projection sonore : Florent Derex
Chef de chant : Alain Muller
Chef de choeur : Richard Willberforce
Transmission de la danse : Emmanuelle Grach
Collaborateur artistique : Alphonse Cemin
Michael ténor : Damien Bigourdan (acte I) / Safir Behloul (acte III)
Michael trompette : Henri Deléger
Michael danseur :  Emmanuelle Grach
Eva soprano : Léa Trommenschlager (acte I) / Elise Chauvin (acte III)
Eva cor de basset : Iris Zerdoud
Eva danseuse : Suzanne Meyer
Luzifer basse  : Damien Pass
Luzifer trombone : Mathieu Adam
Luzifer danseur : Jamil Attar
Pianiste accompagnateur de Michael : Alphonse Cemin
Paire d'hirondelles-clowns, clarinettes : Alice Caubit, Ghislain Roffat
Deux jeunes, saxophones : Darius Moglia, Eléonore Brundell
Une vieille dame : Bernadette Le Saché
Messager : Antoine Amariutei (étudiant au DSJC)
2 Infirmiers : Maxime Morel, Alphonse Cemin
Le Médecin : Simon Guidicelli
Michael Enfant : Ilion Thierrée
Orchestre : Le Balcon
Choeur jeune : Chœur de Paris
Orchestre Acte III : Orchestre à cordes du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris
Orchestre du "Gruss" : Orchestre Impromptu
Nouvelle productionOpéra Comique, Le Balcon
Coproduction : Opéra National de Bordeaux
Reprises : Southbank Centre, London
Editeur : Stockhausen Verlag
Crédit photo : Stéfan Brion

Le Balcon est soutenu par : Programme CERN NoI du Ministère de la Culture, Caisse des Dépôts, Fondation Orange, Fondation Singer-Polignac, Fabernovel, Areitec, B media, Sonic Emotion, SACEM.
Le département supérieur pour jeunes chanteurs | CRR de Paris est financé par la Mairie de Paris et le Ministère de la culture (DRAC Ile-de-France). Son rayonnement est soutenu par accentus. Le jeune chœur de paris est soutenu par la Fondation Bettencourt Schueller.
Pour ce projet, le Balcon reçoit le soutien de la Fondation Orange. 
Avec le soutien FLC

Durée 4h08 (deux entractes compris)
Renseignements ici
Création française
à l'Opéra Comique du  au 15 au 19 Novembre 2018
Les 10 et 11 janvier à l’Opéra national de Bordeaux (extraits)
Les 21 et 22 mai au London Southbank Centre (intégrale)
Samstag aus Licht sera donné les 28 et 29 juin à la Philharmonie de Paris.

Crédit photos : D.R. Meng Phu

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