Fortunio : Denis Podalydès ravit l'Opéra Comique, inspiré par Alfred de Musset.

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17-12-2019 par Marie-Madeleine Rey

Fortunio, Comédie lyrique en quatre actes d’André Messager. L’Opéra Comique, qui avait déjà programmé cette œuvre en 2009, le reprend pour ce mois de décembre avec la même belle équipe technique et musicale (quelques rôles étant interprétés par d’autres artistes)

Messager est attiré par la comédie, il y reste fidèle malgré les pressions qui ont pu s’exercer sur lui pour écrire de la musique plus «sérieuse». Il a eu raison. Cette comédie lyrique - adaptée d’une pièce d’Alfred de Musset Le Chandelier par deux librettistes de talent et épris de littérature Gaston Arman de Caillavet et Robert de Flers – a été créée à l’Opéra Comique en 1907. Les librettistes ont gardé la délicatesse et l’esprit de l’écriture caustique et tendre de Musset et nous donnent à entendre un pétillement léger sans aucune vulgarité.

L’histoire raconte comment Jacqueline, la femme d’un vieux notaire de province Maître André cède aux avances d’un fringant militaire Clavaroche. Afin de détourner l’attention du mari un peu jaloux, les amants emploient un jeune clerc de l’étude : Fortunio. Ce jeune homme un peu candide, est tourmenté, torturé, se cherche et trouve son idéal en Jacqueline. Autour de ce «chandelier», les personnages gravitent, se cherchent eux aussi, se dévoilent, sont transfigurés à son contact. On comprend donc qu’à côté de scènes ou situations comiques et légères, surgissent des moments intenses et dramatiques. C’est cette impression de mélange savant de styles si différents qui fait le charme de la soirée.

Un décor simple, stylisé et emprunt de mélancolie (Eric Ruf). De sobres costumes en nuances de gris et noir et très peu de couleurs vives (Christian Lacroix). Denis Podalydès mène son monde avec Louis Langrée à la baguette pour nous ravir pendant deux heures. Et c’est réellement de ravissement qu’il faut parler.

L’œuvre s’ouvre sur une place en hiver, de petits flocons de neige tombent sur des arbres dénudés, une sorte de mail occupe le centre d’une bourgade. Sur scène, un minimum d’accessoires. On se plaît à reconnaître des tableaux du maître danois Vilhelm Hammershoi. Les habitants, bien emmitouflés dans de grandes gabardines grises et sombres jouent aux boules : cette partie de pétanque nous fait découvrir les protagonistes et dresse la vie paisible de ce lieu. Apparition de Fortunio, grand jeune homme timide osant à peine lever les yeux, restant toujours en arrière. Il se dévoilera ensuite.Arrive le trublion avec force fanfare et de «m’as-tu-vu ?» - Clavaroche - lieutenant arrivant de Paris, qui cherche à se distraire auprès des femmes : «Qu’y a-t-il de sortable ici ?». C’est alors un catalogue des avantages ou désagréments des femmes du village, que repousse notre lieutenant, avide de plaisirs plus alléchants. Lorsqu’enfin on lui décrit la femme du notaire comme la plus vertueuse, la plus inaccessible, il n’a qu’un mot : «Impossible, voilà qui me plaît !».     
                                                              

L’histoire est lancée et nous voyons apparaître Maître André et sa femme sortant de la messe : belle apparition en fond de scène d’une porte s’ouvrant à contre-jour. C’est alors le coup de foudre pour Fortunio qui s’exclame à la vue de Jacqueline : «Dieu,  cette femme est belle !».

La musique coule doucement, sensiblement, sans interruption. On se plairait à fredonner un air, mais nous reste uniquement un flot ininterrompu de mélodies riches harmoniquement, de savoureux mariages de sonorités, parfois quelques airs plus légers. Tout affleure en nous et reste gravé comme un souvenir charmant et délicieux. Bien sûr, on fredonne avec Fortunio «J’aimais la vieille maison grise» ou «Si vous croyez que je vais dire», mais la volonté de Messager n’était pas de donner à entendre une succession d’airs et de récitatifs. C’est une mélodie continue qui nous berce et nous charme.

Chaque personnage est particulièrement bien rendu. Certes Clavaroche et Maître André peuvent paraître un peu caricaturaux ; d’un côté, le fringant militaire, avide d’aventure bousculant la vie paisible du lieu – admirable Jean-Sébastien Bou faisant merveille tant dans la conquête de Jacqueline que dans son dépit d’être repoussé - et de l’autre, le révéré notable exerçant une présence quasi paternelle envers sa femme – magnifique Franck Leguérinel, drôle, un peu ridicule mais jamais avec excès. Que dire de Jacqueline qui demeure un mystère : qui est-elle ? Une femme qui se cherche, qui se voit proposer trois sortes d’amour et qui finit par se révéler dans les bras de Fortunio; Anne-Catherine Gillet épouse parfaitement ce rôle, capable de changer ainsi de personnalité : femme «soumise», femme amoureuse et coquine puis femme libérée. Quant au jeune homme timide et réservé - en la personne de Cyrille Dubois – c’est un être pur et innocent, torturé, en dehors du monde. «Seule une femme saurait le faire échapper à  sa fondamentale mélancolie, comblerait sa soif d’absolu, de vérité et d’amour, à moins que sa rencontre ne lui cause un tel bouleversement qu’il en meure.» Ainsi Denis Podalydès dépeint-il Fortunio. La musique qui soutient les tensions contrastées de Fortunio est extraordinaire de justesse, de tendresse, de colère, d’effroi devant ce qui le dépasse.

Messager sait  dépeindre tous ces caractères, grâce à sa connaissance parfaite de l’orchestre - il fut en effet un grand chef d’orchestre et a dirigé de nombreuses œuvres lyriques notoires –. Louis Langrée est à son aise dans cette partition qu’il affectionne manifestement. L’orchestre des Champs Elysées déploie toute la palette sonore nécessaire, du murmure au grondement violent qui sous-tendent les tensions.

Notons aussi l’extraordinaire diction de chacun des personnages, une diction élégante et précise ; chaque interprète semble savourer ce qu’il dit (ou chante ?), on ne sait quel verbe choisir. Et il faut noter aussi la très grande connivence qui lie les protagonistes, ils sont heureux et nous le transmettent. Quelle harmonie !

L’oeil de l’équipe

Littérature
Alfred de Musset Le Chandelier  étude
Parution dans La Revue des deux Mondes en 1835
Ensuite monté au Théâtre-Historique en 1848.
Pièce trop délicate pour attirer la foule du boulevard du Temple.
En 1850 la pièce est donnée à la Comédie-Française : succès (acteurs Delaunay (Fortunio), Allan (Jacqueline).
La figure du romantique.
Le personnage de Fortunio
Entretien de Podalydès 
https://www.francetvinfo.fr/culture/musique/opera/c-est-souvent-par-le-plus-innocent-qu-arrive-la-subversion-denis-podalydes-decrypte-le-sens-de-fortunio-qu-il-met-en-scene-a-l-opera-comique_3743169.html
Adaptation des deux librettistes en 4 actes
Vers rimés octosyllabes
Comédie entièrement chantée
Personnages ont acquis une épaisseur, un humour, du mystère et de la puissance grâce aux librettistes.
Comparaison de certaines scènes entre la pièce et le livret.

La mise en scène
Inspiration de Hammershoi
Les contrejours
Le côté épure
Les tons choisis
Très sobre : peu d’objets

Histoire
Le romantisme
Les amours de George Sand et Musset
1835  la monarchie de juillet  Louis Philippe roi des Français qui marque la fin de la royauté en France.

Education musicale
André Messager : biographie
Rôle important dans sa carrière de chef d’orchestre, de conseiller musical à l’Opéra comique et de l’Opéra.
Ses œuvres : apparaît comme éclectique.
Mais grande sincérité dans ses compositions.
1907 : les créations depuis le début du XXème siècle.
L’orchestre : Famille d’instruments : nombre, choix de timbres.
Les voix : classique mais utilisation au mieux de toutes les voix.

Arts plastiques
Vilhelm Hammershoi https://fr.wikipedia.org/wiki/Vilhelm_Hammershøi

 La danse de la poussière dans les rayons du soleil  1900     

La danse de la poussière dans les rayons du soleil  1900  
     
Chambre à coucher  1890                     

                                                                                                                                                                    
La très haute fenêtre  1913 

Costumes
Christian Lacroix https://www.opera-comique.com/fr/christian-lacroix-0
https://www.concertclassic.com/article/le-corps-dansant-et-ses-costumes-couture-de-lopera-de-paris-au-cncs-de-moulins-la-deuxieme
Couleurs choisie : les gris et quelques teintes vives (très peu: les gants rouges de Jacqueline, la tenue du militaire) 
https://www.opera-comique.com/fr/actualites/maquettes-costumes-fortunio-par-christian-lacroix

***

© Crédits photos Stéfan Brion
Durée 2h20 entracte inclus

FORTUNIO
Reprise de la production de 2009.
Enregistré et diffusé ultérieurement sur France 3

Direction musicale Louis Langrée 
Mise en scène Denis Podalydès, Sociétaire de la Comédie-Française 
Décors Éric Ruf 
Costumes Christian Lacroix 
Lumières Stéphanie Daniel 

Assistant musical Julien Masmondet 
Collaborateurs artistiques à la mise en scène Laurent Delvert et Laurent Podalydès 
Assistante décors Dominique Schmitt 
Assistant costumes Jean-Philippe Pons 

Cheffe de chant Marine Thoreau La Salle 
Chef de chœur Joël Suhubiette 

Fortunio Cyrille Dubois 
Jacqueline Anne-Catherine Gillet 
Maître André Franck Leguérinel 
Clavaroche Jean-Sébastien Bou 
Landry Philippe-Nicolas Martin 
Lieutenant d’Azincourt Pierre Derhet 
Lieutenant de Verbois Thomas Dear 
Madelon Aliénor Feix 
Maître Subtil Luc Bertin-Hugault 
Guillaume Geoffroy Buffière 
Gertrude Sarah Jouffroy 
Comédien Laurent Podalydès 

Enfants Maîtrise Populaire de l’Opéra Comique : Malcolm Namgyal, Suzanne Laurens (représentations des 12, 14 et 22 décembre 2019), Madeleine Dumas-Primbault, Solal Dages-des-Houx (représentations des 16, 18 et 20 décembre 2019) 
Chœur Choeur les éléments 
Orchestre Orchestre des Champs-Élysées 

Production Opéra Comique 
Coproduction Opéra national de Lorraine 
Reprise  de la production de 2009

                                                                        ***

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