“Hamlet”, l’opéra multimédias de Cyril Teste à l'Opéra Comique !

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26-12-2018 par Marie-Madeleine Rey

Ambroise Thomas compose son "Hamlet" au XIXème siècle et Cyril Teste lui redonne vie aujourd’hui. Une mise en scène contemporaine tout autant dans l’utilisation des médias que dans les costumes. Une oeuvre orchestrée tel le livret originel par Louis Langrée et le somptueux orchestre des Champs-Elysées et des interprètes virtuoses et sensibles. À suivre sur Mezzo, Radio france et en tournée dès janvier 2019.

Au milieu du XIXe siècle, illustrer en musique de grands auteurs (Goethe, Schiller, Shakespeare) est de rigueur pour être reconnu comme compositeur accompli et faire sa place entre deux figures imposantes : Berlioz et Wagner ! Ambroise Thomas, compositeur français (1811-1896), professeur au conservatoire, écrit ainsi plusieurs ouvrages sur des œuvres littéraires célèbres. Son opéra Hamlet, adapté de la pièce de Shakespeare, est avec Mignon (d’après Goethe) son œuvre la plus célèbre. Créé à l’Opéra de la Rue Le Pelletier en 1868, le livret en est confié à Jules Barbier et Michel Carré, les «adaptateurs» les plus réputés de textes littéraires pour la scène lyrique.

Drame en cinq actes de la vengeance avec spectre comme personnage à part entière, le Hamlet du metteur en scène Cyril Teste est notre contemporain à plusieurs titres. Contemporain, il l’est d’abord par l’utilisation sur scène d’outils technologiques. Ainsi, au premier acte, le couronnement du roi Claudius se déroule dans un espace de réception. Les invités, leur smartphone en mains, inondent de photos cet événement. Les personnages principaux sont filmés en direct par un caméraman qui les suit ; leur image projetée sur écran crée ainsi des sortes de fantômes (avatars ?). 

Contemporain, il l’est également par l’agencement scénique. Sur un plateau quasiment vide, on aperçoit les murs du théâtre de chaque côté et en fond de scène. Dans des couleurs assez crues, accentuées par des éclairages lumineux, quelques accessoires - tour à tour bancs, sièges, tombent selon les besoins - émaillent la scène. Seul, dans cette froideur première, un tapis au sol donne un peu de chaleur. Un immense cadre, divisé en trois parties, structure les espaces des différentes scènes du drame. Il avance, recule, se divise, devient opaque ou transparent : laissant apparaître des ciels colorés aux nombreux nuages, des frondaisons, ou encore le bouillonnement de l’eau dans laquelle Ophélie va se noyer.
Les écrans sont omniprésents. Lors des préludes - remarquablement orchestrés - ouvrant chaque acte, un film permet de découvrir l’un des chanteurs se préparant à entrer en scène. Nous les suivons en gros plan; ce parti pris permet d’instaurer une relation de proximité avec les interprètes. Ces captations au plus près nous font entrer dans l’intimité des personnages. Et l’on comprend le geste de refus d’Ophélie d’être filmée lorsqu’elle se sent trahie et abandonnée par Hamlet, ne voulant pas exposer sa détresse à tous. Sabine Devieilhe qui l’incarne, épouse parfaitement cet être fragile et malheureux. Elle illumine la scène dès son apparition. C’est une enfant qui se fracasse sous nos yeux contre le monde des adultes. Avec la balade émouvante «Pâle et blonde, dort dans l’eau profonde» acte IV), elle s’enfonce dans la folie. L’écran devant lequel elle se trouve, donne à voir le bouillonnement de l’eau qui l’appelle et dans laquelle elle va se noyer. Les étoiles qui scintillent alors autour de son corps inerte lui donnent une autre vie comme une transfiguration possible ?

Autre exemple : sur l’un des écrans, les visages de Claudius le nouveau roi et celui du Spectre, l’ancien roi assassiné se succèdent, l’un effaçant l’autre, l’un écartant l’autre, doublant ainsi la description des deux époux chantée par le prince : «Ici la grâce et la beauté sereines, le courage et la foi, les vertus souveraines qui font la majesté des rois. Là tous les crimes de la terre ! Là, l’artifice et la peur, le meurtre et l’adultère tous assemblés en lui ! Voilà votre époux aujourd’hui».

Hamlet nous est montré comme un homme effondré intérieurement. La musicalité déployée par Stéphane Degout dévoile ce mal-être. Il est détruit, n’a pas sa place dans la société qui l’entoure. Vêtu d’un jogging, chaussé de baskets, il se met physiquement en retrait de la «cour» qui l’entoure. Le cinquième acte le verra même dissimulé par la capuche de son blouson, montrant ainsi son opposition à cette société frivole et insouciante. En 1868, Ambroise Thomas avait créé ce rôle pour Jean-Baptiste Faure, tout d’abord acteur avant d’être chanteur. Il privilégiait ainsi la diction et inscrivait la voix de Baryton pour ce rôle. Stéphane Degout, habitué du chant debussyste, passe par toutes les palettes de la voix : du presque parlé au murmure et à la colère la plus éclatante.

On ne saurait parler des rôles titres sans évoquer celui du feu roi. Son spectre en la personne de Jérôme Varnier fait son apparition du parterre, d’où il s’adresse à son fils Hamlet d’une voix profonde et pénétrante. Les paroles qu’il prononce, presque monocordes avec l’appui de quelques cordes et cuivres, nous glacent.

Cyril Teste utilise ainsi tous les atouts du théâtre, du cinéma, de la technologie au service de cette oeuvre, lui donnant une dimension et une vigueur en accord avec la dureté du livret.

La partition d’Ambroise Thomas ici exécutée reprend la version originale de l’opéra. L’orchestre de l'Opéra Comique, somptueux sous la baguette de Louis Langrée, y trouve son compte. Quel plaisir d’entendre à nouveau cette magnifique musique. On se prend naturellement à vouloir retenir un air, inutile désir. Ce seront plutôt des impressions qui vont venir vous hanter.

L’oeil de l’équipe

Littérature
François de Belleforest adapte la légende d’Amleth en 1570 dans ses Histoires tragiques.
The Tragedy of Hamlet, Prince of Denmark, plus couramment désigné sous le titre abrégé Hamlet, est la plus longue et l'une des plus célèbres pièces de William Shakespeare. La date exacte de son écriture n'est pas connue avec précision ; la première représentation se situe sûrement entre 1598 et 1601. Le texte fut publié en 1603.
Autres pièces inspirées par Hamlet Rosencrantz et Guildenstern Tom Shoppard  (1966)

Poème d’Arthur Rimbaud Ophélie (1870)
A la suite d’une représentation de Hamlet à l’Odéon en 1827 les peintres romantiques Achille Devéria et Eugène Delacroix s’en inspirèrent.

Alexandre Dumas et Paul Meurice programment Hamlet, prince de Danemark en 1847 au Théâtre Historique.

Education musicale
Ambroise Thomas : biographie, œuvres, esthétique
Qu’est-ce que l’opéra en 1866 ?
L’orchestre d’Ambroise Thomas : introduction du saxophone (instrument tout récent)
Choix d’une voix de baryton pour le rôle titre
L’œuvre annonce Debussy

Œuvres musicales sur Hamlet
1858 : Franz Liszt Hamlet (poème symphonique)
1866 Opéra d’Ambroise Thomas. La même année opéra d’Aristide Hignard
1888 Piotr Tchaïkovsky Hamlet (ouverture)
1931 Dimitri Chostakovitch Hamlet (musique de scène)
1937 Serge Prokofiev Hamlet (musique de scène)
1976 Serge Gainsbourg La Noyée (inspirée du personnage d’Ophélie)
1976 Johnny Hallyday album de 28 titres Hamlet

Sciences Physiques, Mathématiques
Les ondes
Les projections et le calculs inhérents (Pytagore)
L‘optique

Sources d’inspirations
A propos de la production de Cyril Teste : Chroniques d’Hamlet projet mené par MxM/Cyril Teste en partenariat avec l’EESI et l’Université de Poitiers
https://www.opera-comique.com/fr/actualites/chroniques-hamlet-chroniques-horatio-marcellus

Cinéma
Le Duel d’Hamlet (Clément Meurice ) avec Sarah Berhardt (1900)
Hamlet, Laurence Olivier (1948)
To Be or not to Be Ernst Lubitsch (1942)
Hamlet, Kenneth Branagh (1996)

Arts 
Achille Devéria
Eugène Delacroix
Heinrich Füssli
Gustave Moreau …
                                                                                     ***

Crédit Photo ©Vincent PONTET

Hamlet

Direction musicale Louis Langrée
Mise en scène Cyril Teste
Décors Ramy Fischler
Costumes Isabelle Deffin
Dramaturgie Leila Adham
Lumières Julien Boizard
Conception Vidéo Nicolas Dorémus, Mehdi Toutain-Lopez
Assistant direction musical Julien Masmondet
Cheffe de chant Marine Thoreau La Salle
Chef de chœur Joël Suhubiette
Assistante mise en scène Céline Gaudier
Assistante décors Nina Chalot
Assistante costumes Marion Duvinage
Assistants dramaturgie Joséphine Bargas, Killian Francisco

Hamlet Stéphane Degout
Ophélie Sabine Devieilhe
Claudius Laurent Alvaro
Gertrude Sylvie Brunet-Grupposo
Laërte Julien Behr
Le Spectre Jérôme Varnier
Marcellus, 2ème Fossoyeur Kevin Amiel
Horatio, 1er Fossoyeur Yoann Dubruque
Polonius Nicolas Legoux
Chœur Les éléments
Orchestre Orchestre des Champs-Élysées
Nouvelle production Opéra Comique
Coproduction Collectif MXM, Opéra Royal de Wallonie, Croatian National Theatre in Zagreb. Dans le cadre du partenariat Beijing Music Festival / Opéra Comique.

Soutiens
La production bénéficie du soutien d’Olivier Théron pour le banquet, agnès b. pour les costumes et Fabien Joly pour les fleurs
Remerciements à Anaïs Cartier, Coline Dervieux, Johnny Rabines, Victor Figueiras, Olivier Saksik et la Comédie-Française
Vidéo de vague : Heewon Lee pour l’Opéra Comique 
D’après l’édition critique de Hugh Macdonald, Bärenreiter-Verlag, Kassel – Basel – London – New York – Praha

Vu en décembre 2018 à l'Opéra Comique
 Le spectacle sera capté par Mezzo et Medici TV et enregistré par Radio France pour une diffusion prévue le 6 janvier 2019 à 20h.

Renseignements ici

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