L’emblématique “Manon” par l’oeil détonant et sociétal d’Olivier Py, porté par des interprètes d’exception. A l’Opéra Comique jusqu’au 21 mai puis en tournée !

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13-05-2019 par Marie-Madeleine REY

"Manon" est de retour à l’Opéra Comique. Cette production du directeur du Festival d'Avignon, Olivier Py, et sous la baguette du chef d’orchestre Marc Minkovski, révèle une facette de l’œuvre de Massenet peu présentée jusqu’ici. Opéra emblématique du lieu - une statue de l’héroïne ne nous ouvre-t-elle pas la salle Favart ? - "Manon" est le deuxième ouvrage le plus joué à l’Opéra Comique après "Carmen".

L’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, est un ouvrage littéraire de l’abbé Prévost dont est tiré le livret de Henri Meilhac et Philippe Gille pour la création en 1884. Lescaut doit conduire sa cousine Manon au couvent. Le jeune Des Grieux tombe amoureux de Manon restée seule un moment. Ils fuient ensemble pour Paris afin de s’y marier. Ils vont y découvrir les plaisirs, les excès et les vertiges… leur amour va–t-il y résister ?

Olivier Py, pour concevoir sa mise en scène, est revenu au roman et porte un tout autre regard sur cette jeune femme venue de «province». Manon n'apparaît plus aussi ingénue que certains ont voulu le montrer. La production montre le côté noir et brut de la société qui dévoile la condition de la femme à cette époque : couvent ou mariage (mais jamais mariage d’amour)... ou prostitution. Triste destinée ! Ce tableau est celui d’un univers de manipulation et de violence, mis en exergue par un Olivier Py agile avec ces codes.

La «machinerie» conçue par Pierre André Weitz, (décors et costumes) suit le destin de Manon : d’abord un décor fait de grilles fermant la scène, qui s’ouvrent pour nous laisser découvrir un univers glauque d’hôtels de passe où se jouent des parties de cartes truquées devant un gigantesque escalier. Univers qui annonce le cinéma ? Puis, Saint Sulpice, noir et sombre, avec pour seul accessoire un Crucifix fixé au mur, central dans la mise en espace, tandis que les mêmes grilles représentent l’univers obscur des confessionnaux. Enfin, le seul tableau qui prétend s’ouvrir, celui de la scène à Paris : en fond de scène un lit (Manon et Le Chevalier sont enlacés) auprès duquel se penchent des palmiers sous une boule lumineuse de discothèque devant un ciel bleu. Mais ce n’est qu’un paysage-decorum fabriqué (ou rêvé ?) : cette boule est comme l’illusion qui aveugle les amants dans leur quête de bonheur.

La mécanique du drame fonctionne parfaitement. Tout s’enchaîne. Manon est comme un papillon sensible à la lumière qui se heurte, se confronte, appelle aussi les événements qui se déroulent. Elle vit intensément, elle vit dans l’instant. Elle côtoie la vie et la mort en permanence. Mais peu importe, elle existe ! Et nous spectateurs, la suivons intensémentavec la même intensité dans ce qui lui arrive.

 

La distribution de cet opéra a retenu toute notre attention. Tous les personnages sont campés magnifiquement. Les trois interprètes principaux de haut niveau s’y confrontent, fabuleux artistes avec un sens aigu de la déclamation et du théâtre. Patricia Petitbon (dans le rôle de Manon), Frédéric Antoun (dans celui du Chevalier Des Grieux) et Jean-Sébastien Bou (dans celui de Lescaut).

Lescaut, mauvais soldat, soudard, joueur impénitent, qu’on se prend à considérer, comme si la société et ses obligations ne pouvaient lui donner un autre caractère et d’autres idées que de prostituer sa cousine. Un rôle à la mesure de ce comédien hors pair. Une voix à la fois terrible et magnifique.

Le Chevalier, un naïf, qui est littéralement terrassé par ce coup de foudre. Il est tiraillé par ses aspirations dues à son éducation et ce qu’il se doit de faire (jouer aux cartes, tricher…) pour satisfaire son amour. L’acte de Saint Sulpice est révélateur de cette ambivalence. Frédéric Antoun a parlé du côté chevaleresque de son personnage*, il le traduit à merveille.

Et Manon ? La perle des sopranos, sensible, amoureuse, délicate, sensuelle, «Sphinx étonnant». Un rôle écrasant tant son personnage comprend de strates différentes et qu’elle tient de façon virtuose. Elle disait elle-même que le corps doit s’approprier chaque mot qui a une couleur différente*. Elle y réussit parfaitement. Comment ne pas être sensible à cette destinée ?

La musique de Massenet est un juste équilibre entre l’inspiration mélodique, la justesse de la déclamation française et la cohérence musicale. Pour Massenet, le pouvoir de la musique est indissociable de celui des mots qui portent en eux un sens et une couleur. Massenet est très attaché à trouver des interprètes qui savent aussi bien être comédien que chanteur et la diction est pour lui un élément primordial. La littérature et la musique dans Manon (et d’autres opéras de Massenet) renouent avec l’héritage français du XVIIIème siècle. Marc Minkovski faisait d’ailleurs remarquer que les trois chanteurs retenus pour les rôles principaux ont tous commencé leur carrière dans la musique qu’on appelle «baroque» et ont donc été façonnés à cette communion des mots et de la musique *. Les Musiciens du Louvre et le chœur de l’Opéra National de Bordeaux, tous emmenés par la baguette nerveuse de ce chef, nous émerveillent à chaque instant et nous font découvrir cette musique brillante, contrastée, virtuose qui soutient délicatement des chanteurs exceptionnels.

 

* Lors de la rencontre avec les artistes le 18 avril à l’Opéra Comique.

L’oeil de l’équipe

Littérature
Le roman de l’abbé Prévost L’Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut (1731)
Les adaptations sur scène :
1820 mélodrame signé Gosse et créé à la Gaîté.
1830 ballet-pantomime à l’opéra (Aumer et Halévy)
Drame de Carmouche et Courcy à l’Odéon
Vaudeville de Dupin et Dartois aux Variétés
1851 drame au Gymnase (Barrière et Fournier)
1856 Opéra Comique (Scribe et Auber) joué 63 fois redonné en 1882 pour le centenaire d’Auber.
1884 Massenet et Henri Meilhac et Philippe Gille à l’Opéra Comique avec une interprète idéale Marie Heilbronn (jouée 88 fois puis part en Europe).
Décès de Marie Heilbronn
Autre interprète Sybil Sanderson on redonne Manon d’abord en Hollande puis à l’Opéra Comique (alors au Châtelet) en 1891
L’œuvre quitte le répertoire en 1959 après 2133 représentations.
Trois autres productions à Garnier ou à l’Opéra Comique avant cette « reprise ».

Adaptation : qu’est-ce qu’on garde, qu’est-ce qu’on enlève ?
Travail approfondi du librettiste avec le compositeur. (Est-ce toujours le cas ?)

Le roman XVIIIème siècle / L’opéra XIXème siècle
Pourquoi cela ne paraît pas impossible de rapprocher les deux ?
Goût de la fin du XIXème siècle pour le passé. (Voir l’acte III, 1er tableau Au Cours-la-Reine avec un pastiche de la musique du XVIIIème siècle dans cet opéra de Massenet)
Parallèle à faire avec La Dame aux camélias
Mort de l’héroïne dans la fleur de l’âge : Dumas fils, Flaubert, Zola

 

Education musicale 
Le compositeur : Jules Massenet
Style, esthétique
Méticulosité quant au texte et à la prosodie
Le mot est important. La diction doit être parfaite (voir l’historique de Manon, deux interprètes idéales pour lui)
Orchestration très précise. Sorte de caméléon perpétuel
Debussy dit de Massenet «il est l’historien musical de l’âme féminine»


Arts plastiques 
La femme dans l’art
Gustave Moreau Salomé. L’apparition
Henri Regnault Salomé
Gustav Klimt Judith


Théâtre, littérature et La Mise en scène 
Mise en scène : Olivier Py
Son univers : univers de l’excès. (Condition de la femme, religion)
Pourquoi a-t-il «repris» le texte original dans son approche ?
Histoire d’une femme et des femmes du XIXème siècle
Décors et costumes : la prison, l’encerclement, le côté sombre et sordide
Côté voyeur de la mise en scène : les prostituées, les proxénètes, les joueurs
Côté technique époustouflant : tout bouge sans cesse, les murs s’écartent, jamais un angle sans mouvement. (Tous les techniciens viennent saluer à la fin)


***

© Crédits photos Stéphan Brion/ Opéra Comique et Carole Parodi / GTG

MANON

Livret-Opéra  Jules Massenet
D'après le roman Le roman de l’abbé Prévost L’Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut

Direction musicale Marc Minkowski
Mise en scène Olivier Py
Scénographie, décors et costumes Pierre-André Weitz
Lumières Bertrand Killy
Assistant musical Marc Leroy-Calatayud
Assistant mise en scène et chorégraphie Daniel Izzo
Assistante costume Nathalie Bègue
Assistant scénographie Mathieu Crescence
Cheffe de chant Marine Thoreau La Salle

Manon Lescaut Patricia Petibon
Le chevalier Des Grieux Frédéric Antoun
Lescaut Jean-Sébastien Bou
Guillot de Morfontaine Damien Bigourdan
Monsieur de Brétigny Philippe Estèphe
Le comte Des Grieux Laurent Alvaro
Poussette Olivia Doray
Javotte Adèle Charvet
Rosette Marion Lebègue
Les deux gardes Pierre Guillon et Loïck Cassin (7, 13, 19 mai) / David Ortega et Simon Solas (10, 16, 21 mai)
L’Hôtelier Antoine Foulon

Danseurs Ivo Bauchiero, Charlotte Dambach, Ivanka Moizan, Claire-Marie Ricarte, Laurine Ristroph, Laura Ruiz Tamayo, François Vincent, Jorys Zegarac

Chœur Chœur de l’Opéra National de Bordeaux
Orchestre Les Musiciens du Louvre - L'Académie des Musiciens du Louvre, en partenariat avec le Jeune Orchestre de l'Abbaye (Saintes)

Coproduction Opéra Comique, Grand Théâtre de Genève.Avec l'Opéra National de Bordeaux

EN PARTENARIAT AVEC


 

Spectacle en français, surtitré en français et en anglais.
Certaines scènes de ce spectacle peuvent heurter la sensibilité du public et en particulier des plus jeunes.

Durée 3h10 entracte compris

***

En savoir plus (rencontres, tournée)
Le site de l’Opéra Comique ICI

Introductions au spectacle, 45 min. avant la représentation :
- Les clés du spectacle, salle Bizet
- Chantez Manon​, Foyer Favart
• Jeudi 16 Mai – 20h – Geneviève Boulestreau
• Dimanche 19 Mai – 15h - Iris Thion Poncet
• Mercredi 21 Mai – 20h - Geneviève Boulestreau

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