“La Dama Boba” avec la maestria de Justine Heynemann pour nous l’offrir ! Créée au Théâtre 13, éligible aux Molières et en tournée.

  • Que voir quoi faire avec votre classe ?
  • Les Langues sur un plateau
  • Retours d'expérimentations, sources d'inspiration !

08-05-2019 par Natalia Calvo

Natalia Calvo est professeure agrégée d'espagnol dans un collège et un lycée de l'Académie de Paris. Passionnée de théâtre et fine plume, avec d'autres spécialistes de langues, elle tient notre rubrique "Les langues sur un plateau". Il s'agit ici de vous informer des possibilités inter-langues et interdisciplinaires de projets à mener avec vos classes et en lien avec le spectacle vivant et les littératures étrangères où les langues et la culture du pays concerné sont au cœur de nos problématiques.

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Retour d’une expérience (au Théâtre 13) qui réunit les spectateurs de plusieurs générations parmi lesquels des classes de 1ère scientifiques et d’option théâtre, autour d’une formidable adaptation de Justine Heynemann et d’une traduction superbement réussie de Benjamin Penamaria. Ou comment faire un voyage dans le temps en prenant juste une ligne de métro 

Personnellement, j’ai toujours rêvé et je ne suis pas la seule, j’en suis certaine, de voyager dans le temps (avec la machine prête au départ si jamais les choses venaient à se compliquer). Pendant le siècle d’Or (XVI- XVII), le théâtre en Espagne était un spectacle populaire, qui touchait tous les spectateurs, qui combinait le savant et le populaire magistralement. Il fallait faire rire toutes les couches de la société qui assistaient à ces représentations dans les «corrales de comedias», chacune dans l’espace qui leur était attribué : hommes, femmes, gens du peuple, nobles…

Et si l’un de vos rêves était aussi celui de voyager au Siècle d’Or… Seriez-vous une femme, une dame, une domestique qui fait tout comme sa maîtresse ? Une jeune amoureuse ? Une dame ingénieuse pour parvenir à ses fins ? Une femme poète ? Seriez-vous un homme ? Un chevalier ? Un poète ? Un galant amoureux ? Un laquais «gracioso», celui qui fait rire le public ? Seriez-vous le père qui veut suivre les traditions, veille sur son honneur, pense à marier ses filles mais reste tolérant envers les «déviances» de ses deux filles, l’une «Don Quichotte femme» avide des lectures, très cultivée tandis que l’autre est aussi simple qu’analphabète ?
Seriez-vous un des «mosqueteros», ces spectateurs qui assistaient au spectacle des «corrales de comedia» debout, public exigeant, prêt à lancer des cris ou des tomates si jamais la pièce ne lui plaisait pas ? Seriez-vous un «pousseur» des dames tels les pousseurs modernes de certaines lignes de métro parisienne que je ne nommerai pas pour ne pas raviver des souvenirs des matinées contrariées de certains parmi nous ? Seriez-vous un comédien danseur, chanteur, conteur ?

Avec La Dama Boba ou celle qu’on trouve idiote, Justine Heynemann signe une mise en scène qui rend hommage à l’un des plus grands dramaturges et auteurs espagnols du Siècle d’Or espagnol, Félix Lope de Vega y Carpio. (1562-1635). La Dama Boba a été écrite en 1613 par le «Fénix de los ingenos y monstruo de la naturaleza» «Phénix, le monstre de la nature»  ainsi surnommé par ni plus ni moins que Miguel de Cervantes. Cette pièce n’avait pas été encore traduite en français ! Elle illustre les caractéristiques de l’Arte Nuevo de la Comedia  écrit en 1609, œuvre où Lope présente ses théories sur le théâtre, se détachant du théâtre classique: des pièces en trois actes, qui mélangent le tragique et le comique, rupture des trois unités d’action, présence des personnages archétypes…
 
   
                                                                                                       

 

L’histoire ?
Un gentilhomme, Otavio a deux filles, Nise et Finea. Nise est cultivée tandis que Finea peine à reconnaître les lettres de l’alphabet. Pour compenser son manque d’intelligence, un oncle lui a laissé une dot importante. Ce qui décidera le jeune Laurencio à la séduire. Liseo, le chevalier qui arrive pour rencontrer Finea sa future épouse, découvre avec stupeur la niaiserie de celle-ci et changera d’avis plusieurs fois pendant la pièce.

Le thème ?
Celui du pouvoir de l’amour pour éduquer et transformer un être humain, l’amour spirituel et l’amour sensuel. On y trouve également le rôle des femmes dans la société. Les personnages féminins sont les personnages centraux dans la pièce, elles veulent décider de leur destin. En ce qui concerne «celle qu’on trouvait idiote» les spectateurs assistent petit à petit à la transformation de Finea grâce à l’amour.
Un jeu de contraste est constamment présent dans la mise en scène, dans le choix des costumes, même dans le physique des comédiens.

La scénographie de Thibaut Fack invite au voyage dans le temps et dans les sens : elle est intemporelle : les meubles, les couleurs de l’intérieur de la maison d’Otavio sont sobres, deux lits séparés par une ligne blanche mettent en relief le contraste entre ces deux sœurs et anticipent les conflits, les jalousies. Des stores qui s’ouvrent et se referment, s’éclairent pour signifier des ruptures dans le temps et dans l’espace.

L’élégance et de mise dans les costumes de Madeleine Lhopitallier également : des couleurs unies mais différentes pour opposer les sœurs, les lignes et les couleurs des vêtements se modifieront avec les personnages féminins. Le moindre accessoire souligne le trait du personnage, archétype certes mais qui laisse de la liberté à l’imagination. Les spectateurs de tout âge, surtout les plus jeunes pourraient identifier une esthétique du manga ou de dessin animé chez tel ou tel personnage, dans tel déplacement physique ou regard.

Les personnages masculins eux aussi sont hauts en couleurs et fonctionnent par opposition parodique. Les hommes ne sont pas ceux qui décident.
-Laurencio (Antoine Sarrazin) grand, mince, aux cheveux bouclés mi-longs traduisant une nonchalance et une hardiesse juvénile.
-Liseo (Rémy Laquittant) grand, plus fort, très préoccupé par son apparence son aspect physique et sa longue chevelure, portant de grandes bagues, tout est théâtralité chez lui : ses gestes, sa voix, son costume. Brun ténébreux gothique. Aussi raffiné que prétentieux, mais pas si sûr de lui on dirait.
-Turin (Corentin Hot) le «gracioso» du Siècle d’Or, le valet intemporel lui aussi : qui semble plus petit à côté des deux grands chevaliers. Il est chauve, ce qui contraste avec la chevelure abondante de deux chevaliers et celle du poète Duardo. Turín fait des mouvements très rapides pour tout entendre, tout rapporter, pour séduire sa belle et pour échapper aux coups aussi !
- Le poète Duardo (Pascal Neyron), avec son air affecté, portant des lunettes et sa guitare tantôt poète maudit, tantôt artiste quelque peu snob, apportera l’humour en mettant en relief par son instrument, ses propos et ses chansons sa solitude.
- Otavio le père (Stephan Godin) apporta la sobriété de l’expérience dans son costume, son jeu, il est un personnage assez naïf qui se laisse tromper par sa cadette pas si niaise que cela.
- Avec Finea (Roxanne Roux), Nise (Sol Espeche) et Clara (Lisa Perrio), la domestique, on passe très vite du sourire aux fous rires. Finea qui nous faisait rire nous émeut.Nise qui paraissait dédaigneuse, devient plus humaine. Clara, qui semblait un peu niaise se révèle espiègle et pleine de fantaisie.

La palette du jeu théâtral est variée, tel le spectacle total qu’était le théâtre au XIIème siècle en Espagne : jeu clownesque, masques de la commedia, danses, poèmes, chants populaires. Le temps de la pièce, pendant ce voyage dans le temps, ces comédiens incarnent à merveille les comédiens du siècle d’or : pleins de fougue, avancent avec un rythme effréné, car il faut finir avant la tombée de la nuit et éviter que les «mosqueteros» du parterre réagissent mal. Le but était de divertir et éduquer. Au siècle d’Or, la fin des représentations était annoncée au public appelant ainsi à leur bienveillance.
Justine Heynemann a fait de même dans cette adaptation. Cela se termine en célébration. Le voyage dans le temps est terminé. Retour au XXIème siècle. On a hâte de repartir et de voir cette pièce en tournée !

 

 

 

 

Malgré l’heure tardive en semaine et la pluie, certains de mes élèves ont timidement demandé d’aller voir les comédies pour les féliciter.
Nous avons passé un grand moment et j’ai été ravie, comme tous les professeurs d’espagnol de pouvoir emmener nos élèves découvrir ce théâtre populaire, joyeux, léger et profond, tragique et comique, comme la vie !
Rien de mieux que les classiques pour nous le rappeler ! Et la maestria de Justine Heynemann pour nous l’offrir !

L’oeil de l’équipe

Français- Espagnol
Observer et comparer les changements entre la pièce de 1613 et l’adaptation de Justine Heynemann. Se mettre à la place du metteur en scène, justifier ses choix ou pas.
Quelques changements à repérer dans la pièce : Des personnages en moins, des comédiens qui assument plusieurs rôles, des personnages supprimés..
-L’ami d’Otavio (Miseno) est ici incarné par Turín qui sera également le confident d’Otavio.
-Duardo assume tous les rôles des poètes de la pièce de Lope de Vega. Le comédien qui incarne Duardo incarne aussi les rôles des deux maîtres.
-Clara : une domestique au lieu de deux
Analyse de l’évolution d’un personnage
Les ressorts du comique
- Le portrait du futur mari «sans jambe»
- Les poètes difficiles à comprendre
- Les gestuelles des comédiens
- Le contraste parodique
- «se désembrasser»
- Les leçons de Finea
- Les déplacements, les mouvements des personnages
- Les chansons, les danses

Français et Education Musicale
Le théâtre au XVII
La représentation du texte théâtral
La connaissance de Molière du théâtre espagnol. Les femmes savantes 1672, postérieur à La Dama Boba
La musique et le chant dans une pièce de théâtre.
- Il serait amusant de faire identifier les chansons et les versions (espagnol, français, contemporain, ancienne, populaire) certaines de ces chansons pourraient venir du siècled’or
- Réinterpréter un «tube» à la manière de...
- Chanson parodique ou genre parodié
- Sources d’inspiration pour donner un univers musical à une pièce de théâtre

Thème : L’évolution du rôle de la femme / Le rôle de la femme à travers l’art
Comparer la version de Lope de Vega et la traduction adaptation de Justine Heynnemann
Acte I, scène III. Otavio présente ses filles.
Acte III, scène 9. Evolution du personnage

Matériel complémentaire
Entrevista con Sol Espeche, nominée au Molière de la Comédienne dans un second rôle ICI
Sol Espeche biographie ICI
Les Molières Cérémonie le lundi 13 Mai 2019 ICI

Les travaux-impressions des élèves  ICI

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© Crédits photos Cindy Doutres

La Dama Boba ou celle qu'on trouvait idiote
Texte Felix Lope de Vega 
Mise en scène Justine Heynemann
Avec Sol Espeche (Nise), Stephan Godin (Otavio), Corentin Hot (Turin), Rémy Laquittant (Liséo), Pascal Neyron (Duardo), Lisa Perrio (Clara), Roxanne Roux (Finéa), Antoine Sarrazin (Laurencio)
Traduction Benjamin Penamaria
Adaptation Benjamin Penamaria et Justine Heynemann
Scénographie Thibaut Fack
Chorégraphie Martin Mauries
Costumes Madeleine Lhopitallier
Lumière Aleth Depeyre
Musique Manuel Peskine, chargé de production Guillaume Alberny
Texte édité aux éditions Les Cygnes, collection Les inédits du 13
Production Soy Création
Coproduction Théâtre André Malraux de Rueil Malmaison, Atrium de Chaville, Les 3 Pierrots de Saint Cloud. Avec le soutien de l’Adami, de la SPEDIDAM, d’Arcadi Île-de-France, avec la participation artistique du Jeune théâtre national, dans le cadre du dispositif d’insertion de l’École du Nord, soutenu par la Région Hauts-de-France et le Ministère de la Culture. Spectacle créé en collaboration avec le Théâtre 13 / Paris
Merci à Paola Debiasi, Barbara Grau, Benjamin Hubert, Caroline Huppert, Fanny Jakubowicz, Victor Molinié, Claire Pathé et les élèves amateur.rice.s de la Cuisine-Soy Création.

Suivre la tournée 2019-2020 ICI
Suivre la compagnie SOY CREATION ICI
Suivre l’actualité du Théâtre 13 ICI


 

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