La Dame blanche, de retour...

  • Opéra pour tous

25-02-2020 par Marie-Madeleine Rey

Après vingt-trois ans d’absence, La Dame blanche reprend possession de l’Opéra Comique. Succès mondial dès sa création en 1825, c’est la première oeuvre à atteindre les mille représentations. Adapté des romans Guy Mannering et Le Monastère de l’écrivain écossais Walter Scott, le livret d’Eugène Scribe voit se succéder coups de théâtre et apparitions fantomatiques sur une musique de François-Adrien Boieldieu. 

Intrigue : Dans un village écossais sur la lande, se trouve un château en ruines, hanté par un fantôme « La Dame Blanche ». Les paysans menés par le chef de clan Dickson et sa femme Jenny expriment leur espoir de voir revenir le prince de ces lieux, car ils craignent que l’intendant cupide Gaveston ne s’empare de la demeure. C’est Anna, une jeune orpheline autrefois élevée par les maîtres du domaine, qui va courageusement retourner la situation. Elle va convaincre Georges Brown - un soldat amnésique qu’elle avait il y a peu soigné sur un champ de batailles - de s’opposer au « méchant ». Georges accepte de façon très naïve et amusée de se prêter à toutes ses volontés et seconde magnifiquement les actions de Dickson, réputé pour avoir peur de tout, notamment des fantômes. Y réussira-t-il ?

Pauline Bureau (mise en scène) apprécie le côté « romantique-gothique » du livret et souhaite le transmettre aux spectateurs. Les décors simples et efficaces (un peu carton-pâte) figurent le paysage lointain (collines brumeuses), la demeure des paysans assez rustique (une maison troglodyte ?), le château, enjeu primordial de l’intrigue avec des escaliers monumentaux couverts de peintures, des vitraux gothiques (là aussi) que la végétation envahit, des passages secrets que l’on devine. Pour souligner le temps qui passe et qui est passé, des vidéos ponctuent le récit qui permet aux deux héros (Anna et Georges, alias Julien d’Avenel) de se retrouver et de s’aimer.

Les costumes d’Alice Touvet s’emparent de couleurs grisonnantes en harmonie avec celles des décors. Seuls les voiles de la Dame blanche tranchent sur cette  homogénéisation. La lumière, due à Jean-Luc Chanonat, souligne les mêmes volontés de teintes, verdâtres en extérieur, bleues en intérieur, avec beaucoup de brume ou de contre-jour passant à travers les vitraux des grandes baies gothiques ou tombant en aplomb.

La musique de François Adrien Boieldieu se laisse entendre agréablement. Une grande diversité de styles permet qu’on ne se lasse pas trop. Certes, l’époque oblige à quelques clichés, les airs de soldat (hommage à Grétry), ou la référence à Rossini (musicien très honoré et encensé, par ailleurs ami et non rival de Boieldieu). C’est l‘époque du bel canto (quelques airs et balades dans un pur style), mais le compositeur a su doser adroitement le tout pour nous « plaire ». L’orchestration de cet opéra comique est juste, sans recherche, peut-être pas assez audacieuse. Citons toutefois les cadences de la harpe pour souligner les arrivées de La Dame blanche et le rôle du cor quasiment soliste pour accompagner l’air de Georges Brown. Julien Leroy soutient une direction précise alliant parfaitement les instrumentistes de l’Orchestre National d’Ile-de-France aux choristes (Les Eléments) dont l’écriture est complexe.

Les solistes répondent parfaitement aux caractères de leurs personnages. Anna (Elsa Benoit) incarne cette jeune fille audacieuse et courageuse, son talent de comédienne est certain, la voix est sûre. Georges (Philippe Talbot) est plein de naïveté et de malice en même temps. Sa voix semble couler de source, même dans les aigus nombreux de sa partition. Si l’on trouve en Dickson (Yann Beuron) un chanteur très à l’aise, la voix de Jenny (Sophie Marin-Degor) ne nous a pas convaincu. Ces deux couples se complètent, le dernier plus terre à terre, croit en la Dame blanche et a foi en cette histoire de revenants. C’est Marguerite la vieille nourrice qui nous intrigue. Cette gouvernante aux longs cheveux blancs semble irréelle, absente, un peu mystique. La voix feutrée de l’interprète (Aude Extrémo) épouse parfaitement cette ambiguïté.

Boieldieu et son librettiste Eugène Scribe n’ont pas hésité à mettre en scène et en musique une vente aux enchères. C’est l’objet de la fin de l’Acte II ; cette scène nous tient en haleine pendant une vingtaine de minutes. Magnifiquement écrite et réalisée, nous sommes happés par l’agitato des cordes et nous retenons notre souffle jusqu’à la résolution finale. Une belle réussite !

L’oeil de l’équipe

PHOTOS : © Christophe Raynaud de Lage

Le spectacle est joué à l'Opéra Comique jusqu'au 1er mars.
Il est enregistré et sera diffusé ultérieurement

Walter Scott : les deux romans Guy Mannering et Le Monastère
Walter Scott 1771 - 1832
Conte de sources bénédictines (Tales from Benedictine Sources, The Monastery) 1820 
Les Waverley Novels, Guy Mannering - 1815
Romantisme
Fantastique
Passage des romans au livret. 
Rôle du librettiste (Eugène Scribe)

Postérité
En bande dessinée avec Hergé
Le Crabe aux pinces d’or , Tintin chante l’air de Jenny « Prenez garde, prenez garde, La Dame blanche vous regarde »

Le Trésor de Rackham Le Rouge : l’intrigue s’inspire de la fin de La Dame blanche. Un château est mis aux enchères, un trésor se trouve caché dans une statue et le capitaine Haddockh devient héritier du château et propriétaire légitime.

Un dessert 
La Dame blanche ou coupe Danemark, dessert à base de glace à la vanille arrosée de chocolat noir fondu, parfois agrémenté de meringues et de copeaux de chocolat, de crème de marrons et de crème chantilly

Une compagnie d’autobus, 1826, Stanislas Baudry, un autre homme d'affaires nantais, met en place le même service pour convoyer ses clients du centre-ville vers la rue de Richebourg, où se trouvent des bains publics qu'il a créés comme annexe d'une minoterie. Le service est d'abord gratuit mais il se rend compte que des gens utilisent ce moyen de transport pour leurs déplacements personnels. Il institue alors un accès payant et crée une entreprise spécifique de transport urbain baptisée « La Dame Blanche », s'inspirant du succès de l'opéra-comique de Boëldieu créé quelques mois auparavant. Il fonde ainsi le premier service français d'omnibus de l'ère contemporaine.

Histoire
La restauration 
Article in Avant-Scène opéra, La Dame blanche, n° 176
Le romantisme 
La salle Favart : historique. 
Place Boieldieu devant l’Opéra Comique (avril 1851)
Histoire des spectacles créés en ce lieu.

Education musicale
François-Adrien Boieldieu  Biographie, œuvres, style.
Rapports avec Rossini (à qui on oppose Boieldieu)
L’Opéra Comique : le genre, historique, évolution.

La Dame blanche = Opéra-comique 1825
La conception (très rapide).
L’ouverture écrite par un associé en une nuit (Cf Mozart …)
Quelques airs « obligés » : Air martial de soldat, choeur de montagnards, chanson à boire, ballade de forme ancienne, orage rossinien.

Effectif instrumental et vocal
Les instruments privilégiés : la harpe, le cor.
Effectif des solistes important.
Le chœur : les différentes voix, division des pupitres hommes.

CREDITS
Direction musicale Julien Leroy
Mise en scène Pauline Bureau
Décors Emmanuelle Roy
Costumes Alice Touvet
Lumières Jean-Luc Chanonat
Vidéo Nathalie Cabrol
Magicien Benoît Dattez
Dramaturgie Benoîte Bureau
Assistante musicale Emmanuelle Bizien
Collaboratrice artistique à la mise en scène Valérie Nègre
Chef de chant Christophe Manien
Chef de chœur Joël Suhubiette
Georges Brown Philippe Talbot
Anna Elsa Benoit
Jenny Sophie Marin-Degor
Gaveston Jérôme Boutillier
Marguerite Aude Extrémo
Dickson Yann Beuron
Mac-Irton Yoann Dubruque
Un paysan Matthieu Heim*
Gens de justice Stephan Olry*, Vincent Billier*, Jean-Baptiste
Henriat*
Gabriel Alban Guyon
Comédien Lionel Codino
Chœur Les éléments
Orchestre Orchestre National d’Île-de-France
Production Opéra Comique
Coproduction Opéra de Limoges, Opéra de Nice Côte d’Azur

LIen vidéo : https://www.facebook.com/10895403481/videos/534391573842854/?v=534391573842854

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