Madame Favart à la salle Favart ! Une déclaration d’amour d’Offenbach à L’Opéra Comique !

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26-06-2019 par Marie-Madeleine Rey

Cette œuvre de Jacques Offenbach est une (re)découverte ! Qu’est-ce que cet opéra-comique qui n’a jamais été joué dans cette salle portant pourtant le nom de Favart ? Tout simplement une déclaration d’amour du compositeur à ce genre musical qu’il maîtrise si bien. 

Après la défaite de 1870, Offenbach, très honoré sous le second Empire, dut s’exiler aux Etats Unis avant de revenir à Paris. C’est alors qu’il conçut ce petit bijou, (Madame Favart, créé aux Folies Dramatiques en 1878) dans lequel se trouve une multitude d’éléments typiquement associés aux théâtres de foire mais également aux scènes lyriques dignes des grandes œuvres. Sa musique est pleine d’inventions mélodiques. Connaissant la scène, il dit vouloir donner à son public ce qu’il attend mais en le surprenant toujours. En plaçant son histoire au XVIIIème siècle (le récit romancé des amours de Madame et Monsieur Favart), le compositeur laisse ainsi développer son goût pour la musique de ce siècle avec des airs à couplets attendus comme «la Tyrolienne» à l’Acte III ou la chanson de Justine « Je suis la petite vielleuse » (Acte I) mais également des airs d’une grande profondeur (Air de Justine, Acte III). Offenbach sait allier la complexité musicale à une grande trivialité. 

 

L’histoire est tirée de faits réels : les amours contrariées de Marie Justine Benoîte Duronceray et de son époux Charles-Simon Favart par le Maréchal de Saxe. Les deux époux, l’un auteur et directeur de la Comédie italienne, l’autre actrice et compositrice sont à l’origine de nombreuses innovations quant au jeu des acteurs. Justine était surtout soucieuse de présenter au mieux le côté réaliste des rôles qu’elle endossait : non seulement par la caractérisation des personnages dans leur parlé, dans leur accent mais aussi dans le costume approprié. (Elle fut la première actrice à oser se travestir sur scène). Lors de notre soirée, nous avons assisté à une série de travestissements (pas seulement de Madame Favart, mais aussi de ses comparses, Charles-Simon Favart, Hector de Boispréau et Suzanne sa femme). 

La scénographie présente un décor unique, celui d’un atelier. Est-ce l’atelier de costumes de l’Opéra Comique que l’on découvre alors ? Idée judicieuse quant on sait le souci qu’avait Justine Favart pour la véracité qu’elle voulait apporter aux costumes qu’elle avait à porter. Les employés de cet atelier sont tour à tour les couturières et les couturiers (Acte I, situé à Arras), les invités de la noce qui se déroule sous nous yeux (celles de Suzanne et Hector, noces «imposées» au père de Suzanne le major Cotignac – Acte II, situé à Douai), les hôtes du tout nouveau lieutenant de police Hector de Boispréau auxquels se joint le marquis de Pontsablé, autre amoureux assidu de Justine  qui sera éconduit et dupé par les deux couples. L’ acte III se déroule à Fontenoy, lieu de la bataille que gagna le Maréchal. Ce dernier n’apparaît pas sur scène. C’est le marquis de Pontsablé qui le «remplace» quant au désir effréné qu’il a de courtiser tout jupon qui passe près de lui. 

Les interventions du chœur sont importantes et très alertes. Un texte foisonnant, des allées et venues minutieusement réglées tout autour de cet atelier initial. Les costumes simples et réalistes se fondent à merveille dans la scénographie.
Bravo à ces chanteurs qui participent si bien à l’action déroulée sur scène. Quant aux chanteurs, tous les rôles titres sont à citer. Le marquis de Pontsablé (Eric Huchet) obséquieux à souhait, se laissant toutefois berner si facilement. Nos quatre héros : Suzanne (Anne-Catherine Gillet) innocente et ravissante, à la voix délicieuse – Hector de Boispréau (François Rougier) habité par son personnage d’amoureux – Charles Simon Favart (Christian Helmer) à la voix magnifique, posée et audacieuse, toujours prêt à accepter les connivences de sa femme et bien sûr Justine Favart (Marion Lebègue) à la voix très souple, se tirant de toutes les difficultés de la partition musicale ainsi que des contraintes liées à des changements de voix , de «parlé» qu’elle doit assumer. Une sacrée comédienne ! 

Une suite d’aventures survenant à Justine et à son mari. De la musique magnifique, interprétée par l’orchestre de chambre de Paris sous la baguette de Laurent Campellone.
Une mise en scène foisonnante et pétillante sans un seul moment de «baisse de régime» grâce au talent d’Anne Kessler, des artistes et le chœur de l’Opéra de Limoges somptueux.
Un texte qui n’est pas en reste. Les deux librettistes : Alfred Duru et Henri Chivot nous offrent des trouvailles succulentes, des allusions aux faits réels, des couplets que donne Favart pour annoncer ce qu’il va faire, du théâtre dans le théâtre avec la représentation  de La Chercheuse d’esprit au camp de Fontenoy devant le Roi Louis XV. 


Tout est savoureux. Il faudrait relire et relire ce texte pour en découvrir encore toutes les subtilités. Ces deux auteurs et Offenbach ont bien dû s’amuser en offrant ce spectacle en 1878. Et nous sommes ravis de le découvrir et de le savourer à notre tour dans ces représentations à l’Opéra Comique. 
Une soirée où l’on s’amuse.

L’oeil de l’équipe

Littérature 
Le livret de Duru et Chivot :
-Découverte des allusions à l’histoire réelle.
-Repérer les airs à couplets qui pourraient être issus des foires.
Le travestissement utilisé au XVIIIème siècle : 
-Marivaux, Da Ponte …
-Echange des couplets (Le Mariage de Figaro...)
Comparaison : 
-George Sand Consuelo (1842)
-Alexandre Dumas Kean (1836)
-Scribe et Legouvé Adrienne Lecouvreur (1849)
Atelier : 
-Trouver d’autres œuvres littéraires avec travestissements.
-Créer d’autres aventures rocambolesques contraignant les deux époux.

Histoire
Les foires des marchés Saint Germain ou Saint Laurent.
Les vaudevilles
L’histoire de l’Opéra-Comique https://www.opera-comique.com/fr/histoire-l-opera-comique
Le Maréchal de Saxe (Fontenoy)
Charles-Simon Favart
Au temps de Jacques Offenbach : raisons de son exil et raisons de son succès au retour.

Education musicale
Jacques Offenbach : vie, œuvre esthétique (Lien avec l’Empire de Napoléon III).
La musique des vaudevilles et des spectacles donnés dans les foires.
Pourquoi ce genre est-il né ? (Opposition de l’Opéra « La Grande Boutique »)
Répertoire des chansons à couplets pris dans les recueils de chansons populaires.
(Repérer celles qui ont été utilisées dans Madame Favart)

Art
Représentations visuelles de Madame Favart :
-Mme Favart gravure de JJ Filpart 1762
-Portrait Justine Favart de François-Hubert Drouais

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Art de la scène 
Le réalisme commence à poindre avec Justine Favart (le travestissement, réalisme des costumes et de la façon de parler) 1ère actrice qui ose se travestir en scène.
Comparer avec les danseuses : apparition des danseuses professionnelles, à la place des travestis habituels en 1681.
 

***

Crédits photos © Stéfan Brion

Madame Favart
Opéra-comique en trois actes de Jacques Offenbach
Livret d’Alfred Duru et Henri Chivot
jusqu’au 30 juin à l’Opéra Comique

Direction musicale Laurent Campellone
Mise en scène Anne Kessler, sociétaire de la Comédie Française
Dramaturgie Guy Zilberstein
Scénographie Andrew D. Edwards
Costumes Bernadette Villard
Chorégraphie Glyslein Lefever
Lumières Arnaud Jung
Cheffe de chant Marine Thoreau La Salle
Assistante musicale Béatrice Berrut
Assistant chorégraphie Mikaël Fau
Assistante mise en scène Jeanne Pansard-Besson
Assistante costumes Alice Cambournac

Madame Favart Marion Lebègue
Charles-Simon Favart Christian Helmer
Suzanne Anne-Catherine Gillet
Hector de Boispréau François Rougier
Major Cotignac Franck Leguérinel
Marquis de Pontsablé Éric Huchet
Biscotin Lionel Peintre
Sergent Larose Raphaël Brémard
Enfant Solal Dages-Des-Houx (20,22,30 juin), Colin Renoir-Buisson (24,26,28 juin), Maîtrise Populaire de l’Opéra Comique
Chœur de l’Opéra de Limoges - Direction, Edward Ananian-Cooper (et la collaboration de Stéphane Trébuchet)
Orchestre de Chambre de Paris

Nouvelle production Opéra Comique
Coproduction Bru Zane, Opéra de Limoges, Théâtre de Caen
Dans le cadre du 7° festival Palazzetto - Bru Zane Paris

 Partitions éditées et mises à disposition par le Palazzetto Bru Zane       

EN PARTENARIAT AVEC


 

 ***

Réservations à l’Opéra Comique ICI

Le spectacle voyage :  
Opéra de Limoges 3, 5, 7 novembre 2019
Théâtre de Caen 29, 31 décembre 2019

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