Redécouvrez «La Traviata» par Déborah Warner, actuellement au Théâtre des Champs Elysées

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04-12-2018 par Marie-Madeleine Rey

Le célèbre opéra de Verdi, orchestré au diaposon originel par Jérémie Rhorer, avec une distribution enchanteresse ! Une nouvelle production à voir jusqu’au 9 décembre et à suivre en tournée 2019-20.

Giuseppe Verdi (1813-1901) a voulu rendre compte de la réalité du monde social du milieu du XIXème siècle en écrivant La Traviata (création à La Fenice en 1853). Il s’est inspiré pour cela du roman (1848) puis du mélodrame (1852) d’Alexandre Dumas fils, La Dame aux camélias.
L’histoire rapporte la vie d’une courtisane, Violetta Valéry, luxueusement entretenue, elle se sait néanmoins atteinte de la tuberculose. Au milieu de ce tumulte parisien, Alfredo Germont, fils de bonne famille, amoureux sincère, lui propose de vivre loin de Paris et des tourbillons de la fête. Elle accepte avec joie, mais le père d’Alfredo ne l’entend pas de la sorte et vient demander à Violetta de sacrifier son amour pour que sa fille, soeur d’Alfredo Germont, puisse faire un bon mariage. Refusant tout d’abord, elle comprend qu’elle ne peut faire autrement eu égard à sa condition. Elle va donc retourner à cette vie frivole et dangereuse et accélérer sa mort. Alfredo, qui tout d’abord avait haï sa maîtresse en apprenant qu’elle était retournée à ses plaisirs, comprend dans un second temps pourquoi elle avait fait un tel sacrifice. Il n’a que le temps de revenir vers elle pour recevoir son dernier soupir.

Un plateau nu ou presque, fermé de chaque côté par des lamelles. En fond, nuages et projections de l’action en scène nous plongent dans un décor presque cinématographique : sol noir-miroir où se reflètent le blanc des lits d’hôpital et celui des aides soignants, contrastant avec des touches de couleur et notamment celle de la robe rouge de Violetta malade. Voilà pour le décor minimal.
Lumières de face, de côté, ou révélant des silhouettes sur le fond de scène. Lumières sensibles ou violentes selon les besoins, enveloppant amoureusement ou crûment les personnages. Les lumières de Jean Kalman sont tout à fait extraordinaires.

A la mise en scène, Deborah Warner évoque «un voyage à la découverte d’un paysage de rêve où les vivants et les mourants fusionnent». Ce parti-pris est symbolisé par la présence dédoublée du personnage principal : la comédienne et mime Aurélia Thierrée (petite fille de Charlie Chaplin) double les pas de la remarquable chanteuse lyrique Vannina Santoni, dans le rôle de Violetta. Ces deux êtres se voient, s’évitent, se rencontrent, se mesurent l’une l’autre. Sans cesse, les rêves de Violetta se heurtent à la présence de cet être muet, en tenue d’hôpital, pieds nus, entouré par le personnel d’hôpital. Elle connaissait son destin, elle voit sa mort venir.

Le casting est judicieux, car les deux amoureux ont l’âge (ou presque) de leur rôle. Comment ne pas être touché par la grâce, la sensibilité de Vannina Santoni, qui a épousé le destin de Marguerite Gauthier (alias Violetta) ? Sa joie dans le premier acte est tout à fait communicative. Nous dansons avec elle, le tourbillon de sa vie nous entraîne à sa suite. Il faut entendre la souffrance qui l’habite lorsque Germont père vient lui demander le sacrifice de son amour. Le dernier acte dans sa simplicité extrême, froide et glacée, nous montre sa lucidité (puisqu’elle sait qu’elle va mourir). Quel déchirement que ses adieux à Alfredo !

Alfredo, incarné par Saimir Pirgu, est attendrissant. Il est un adolescent qui n’a pas conscience de ses actes. Son amour sincère est vibrant au début du deuxième acte : quelle merveilleuse idée de le voir avec Violetta à ses côtés sur un matelas posé à terre ; l’air «Volaron gia tre lune» est chanté presque à mi-voix, doux et tendre, comme susurré. Il contraste avec l’air suivant, tout en explosion de colère.  Le dernier duo «Parigi, o cara» est tremblant de vérité et de délicatesse, tellement emprunt de tristesse et de douleur qu’il nous émeut.

Laurent Naouri campe un père autoritaire qui découvre la noblesse d’âme de Violetta et en dévient hésitant. Si la colère qu’il montre à l’égard de son fils au troisième acte éclate de façon magistrale, sa voix se voile de tendresse et de douceur dans le duo du deuxième acte.

Les chœurs, présents à l’acte I et III, accompagnent Violetta dans sa vie de courtisane. La plupart habillés de noir ou de couleurs froides l’enveloppent, la repoussent ou la menacent. Leurs actions sont soulignées par les effets de lumière.

Il nous faut maintenant parler du choix qu’a fait Jérémie Rhorer concernant le diapason à 432 Hz qui était celui de l’orchestre de Verdi à la création (le diapason utilisé de nos jours est à 440 Hz). Pour le chef d’orchestre, il s’agit d’un retour aux sources et du respect de la volonté du compositeur. Ce diapason respecte la facture des instruments utilisés au milieu du XIXème siècle (flûte traversière en bois, cor naturel, ou violon classique). Dans le programme, des QRcode permettent d’entendre les différences sensibles de la sonorité de ces instruments dues à l’évolution de leur facture instrumentale. Le chef d’orchestre précise que ce diapason est aussi un moyen de rendre l’ouvrage plus «confortable» pour les chanteurs. C’est ce que nous ont démontré chacun des solistes de cette production.

Le Théâtre des Champs Elysées a confié la conception et la direction musicale à Jérémie Rhorer. Celui-ci souhaitait faire entendre le son que Verdi avait désiré pour cette œuvre. La douceur de l’orchestre fait ressortir la tendresse ou la douleur des actions présentées sur scène. Le Prélude, par exemple, joué pianissimo sur des cordes à peine timbrées semble comme un gémissement frêle, fragile, prêt à se casser. On redécouvre La Traviata. La vibration émanant des chanteurs et de l’orchestre efface ou assourdit la violence de cette histoire.

L’oeil de l’équipe

Littérature 
Alexandre Dumas fils : le roman, le mélodrame, le livret de Francesco Maria Piave (adaptation)
Emile Zola, Nana

Histoire 
Les courtisanes au XVIIIème siècle à Venise (cf conférence rencontre)
Les courtisanes au XIXème siècle
Marie Duplessis
La phtisie
Le statut de ces courtisanes entretenues puis délaissées

Histoire de l’art 
Iconographie de courtisanes à Venise au XVIIIème siècle
Degas : les tableaux rue Le Pelletier

Education  musicale 
Verdi et son temps
L’orchestre de Verdi (environ 60 musiciens)
Instruments classiques, «d’époque»
Le diapason 432 ou 440 Hz

Sciences physiques
Histoire des sciences : Le diapason, inventé en 1711
Etude des sons

***

La Traviata-Théâtre des Champs Elysées jusqu’au 9 décembre
De Giuseppe  VERDI

Jérémie Rhorer direction
Deborah Warner mise en scène
Kim Brandstrup chorégraphie
Justin Nardella, Chloé Obolensky, Jean Kalman scénographie
Chloé Obolensky costumes
Jean Kalman lumières

Vannina Santoni Violetta
Saimir Pirgu Alfredo
Laurent Naouri Giorgio Germont
Catherine Trottmann Flora
Clare Presland Annina
Marc Barrard Le Baron Douphol
Francis Dudziak Le Marquis d’Obigny
Marc Scoffoni Le Docteur Grenvil
Matthieu Justine Gastone
Anas Séguin Le commissionnaire 
Pierre-Antoine Chaumien Giuseppe
Claire Egan, Stephen Kennedy, Aurélia Thierrée comédiens

Le Cercle de l’Harmonie
Chœur de Radio France direction Alessandro Di Stefano

Durée du spectacle
1ère partie : 1h20 environ - Entracte : 20mn - 2e partie : 1h environ
Opéra chanté en italien, surtitré en français et en anglais

NOUVELLE PRODUCTION
Production Théâtre des Champs-Elysées
En partenariat avec France Télévision (date à venir)
France Musique diffuse cet opéra le 16 décembre à 20h
Crédit photo © Vincent Pontet

Renseignements ici

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