TANAKA - Épisode I La Controverse, un petit joyau dans le somptueux écrin du théâtre du Soleil !

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25-01-2019 par Patricia Chabot

Le spectacle "Tanaka - Épisode I La Controverse", joué au Théâtre du Soleil, subit depuis cet été une polémique de la part d'associations canadiennes, reprochant au metteur en scène canadien et à Arianne Mnouchkine "une appropriation culturelle" déplacée estimant que la troupe (pourtant multiculturelle) des comédiens du Soleil n'a pas fait appel à des comédiens autochtones pour jouer ce spectacle. Artistiquement, ce "Village" - traduction de Kanata - est un rêve de poésie saisissant et hâletant. Et comme nous rappelle Mnouchkine si justement, "nous ne pouvons accepter que l'on nous en interdise l'approche, car nous serions repoussés dans le désert. Le théâtre [...] dit le monde tout entier."*

Un grand chevalet et trois toiles successives dont la « Joconde amérindienne » : c’est la préparation d’une exposition mais la « Joconde » a souffert et il faudrait la restaurer...

Une pirogue avec un jeune huron, casque sur les oreilles, tandis que s’éloignent chevalet et restauratrice, commissaire d'exposition que l’on devine occidental. Le titre apparaît alors sur l’écran à l’arrière : TANAKA, ancien nom huron et iroquois du Canada, qui veut dire « village ».

S’ensuit un moment très doux, enfumé, où les arbres sont figurés par des piliers entre lesquels se promène un ours brun. Charme cependant rompu par le bruit de tronçonneuses qui déciment la forêt et abattent un totem. Une femme tient dans ses bras un bébé et hurle parce que deux policiers et un prêtre le lui retirent.

Nous voici dans une rue du quartier « chaud » de Vancouver, dans un appartement spacieux qu’un couple d’artistes, Miranda, peintre, et Ferdinand, aspirant acteur, louent à un prix prohibitif mais c’est le père de Miranda qui paie. L’appartement était l’ancien entrepôt de sel d’une poissonnerie située juste en-dessous. C’est un quartier de « paumés », mais en voie de boboïsation : un laboratoire d’injections pour addictions aux drogues dures se trouve dans la rue. Des bureaux remplacent le labo, c’est le commissariat où vient Rosa qui s’occupe du centre pour les drogués pour signaler une 47ème disparue, la prostituée autochtone, Rebecca. Kate, la commissaire dit qu’elle n’y peut rien et ne croit pas au serial killer évoqué par Rosa. 

Robert Lepage met ainsi joliment en scène une intrigue policière fondée sur un fait divers des années 2000, un tueur ayant assassiné 49 femmes, presque toutes autochtones fragilisées, dans l’ouest du Canada. C’est aussi une multitude d’autres histoires, celle de Leyla, restauratrice de tableaux et de sa fille, Tanya, de Tobie, de Louise qui forment l’histoire douloureuse, par son passé colonial, du Canada. 

hâletants, les tableaux se succèdent et s’imbriquent avec dextérité, donnant à voir des comédiens et comédiennes chevronné-es et investi-es. Une seule scène pourrait justifier notre venue dans ce beau théâtre du soleil, celle, poétique et acrobatique, de la pirogue flottant dans l’air et du paradis artificiel où Miranda a momentanément sombré. Mais il y en a tant d’autres, fruits du travail de parfaite entente entre Robert Lepage et Ariane Mnouchkine. 

Plusieurs réflexions essentielles s’ancrent ici, portées par la troupe du Soleil, de nationalités multiples. Celle, notamment, de l’appropriation des cultures et ceux qui en détiendraient le monopole pour en parler : « Les cultures ne sont les propriétés de personne », riposte Ariane Mnouchkine. Et c’est bien, car se profile ainsi l’espoir d’une résilience prochaine avec, pour puissant moteur, l’art théâtral et l’art tout court. Un petit joyau dans le somptueux écrin du théâtre du Soleil ! 

*Entretien avec Joëlle Gayot, septembre 2018

L’oeil de l’équipe

CREDIT PHOTO : Michèle Laurent

Dossier pédagogique
Pièce démontée, Canopé 
Entretiens et dossiers complets sur le site du Théâtre du Soleil

***

KANATA – ÉPISODE I – LA CONTROVERSE

Mise en scène, Robert Lepage
 
Avec les comédiens du Théâtre du Soleil, c’est-à-dire, par ordre d’entrée en scène :
 
Shaghayegh Beheshti (Leyla Farrozhad, restauratrice au musée des Beaux-Arts du Canada)
Vincent Mangado (Jacques Pelletier, commissaire d’exposition)
Martial Jacques (Tobie, un documentariste)
Man Waï Fok (la propriétaire)
Dominique Jambert (Miranda, une artiste peintre)
Sébastien Brottet-Michel (Ferdinand, un comédien)
Eve Doe Bruce (Rosa, une assistante sociale au centre d’injections)
Frédérique Voruz (Tanya Farrozhad)
Sylvain Jailloux (le coach d’accent ; un travailleur social au centre d’injections)
Astrid Grant (Newman, la commissaire de police ; la directrice du centre d’injections)
Duccio Bellugi-Vannuccini (Marcello, un policier)
Omid Rawendah, Taher Baig, Aref Bahunar, Jean-Sébastien Merle, Saboor Dilawar(les autres policiers)
Maurice Durozier (Robert Pickton)
Shafiq Kohi et Sayed Ahmad Hashimi (les serveurs du restaurant)
Seear Kohi (le coach de jeu ; un gendarme royal du Canada)
Miguel Nogueira, Omid Rawendah, Ghulam Reza Rajabi, Shafiq Kohi, Sayed Ahmad Hashimi (les apprentis comédiens)
Alice Milléquant (Sarah, l’amie de Tanya)
Arman Saribekyan (Ariel, le pharmacien de Hastings Street ; un missionnaire Oblat)
Ghulam Reza Rajabi (Ken, l’ami de Sarah)
Shafiq Kohi (un dealer à Hastings Street)
Nirupama Nityanandan (Louise)
Andrea Marchant et Agustin Letelier (les fonctionnaires de la morgue)
Camille Grandville (une comédienne ; une assistante sociale au centre d’injections)
Ana Dosse (la productrice)
Jean-Sébastien Merle (un gendarme royal du Canada)
Et dans Hastings Street :
Aline Borsari, Ana Dosse, Camille Grandville, Andrea Marchant, Wazhma Tota Khil, Astrid Grant et Omid Rawendah, Taher Baig, Aref Bahunar, Sayed Ahmad Hashimi, Jean-Sébastien Merle, Miguel Nogueira, Saboor Dilawar, Agustin Letelier, Samir Abdul Jabbar Saed

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Dramaturgie, Michel Nadeau
 
Direction artistique, Steve Blanchet
 
Scénographie et accessoires, Ariane Sauvé, avec Benjamin Bottinelli, David Buizard, Martin Claude, Pascal Gallepe, Kaveh Kishipour, Étienne Lemasson et l’aide de Judit Jancsó, Naweed Kohi, Thomas Verhaag, Clément Vernerey, Roland Zimmermann
Peintures et patines, Elena Antsiferova, Xevi Ribas, avec l’aide de Sylvie Le Vessier, Lola Seiler, Mylène Meignier
 
Lumières, Lucie Bazzo, avec Geoffroy Adragna, Lila Meynard
 
Musique, Ludovic Bonnier
Son, Yann Lemêtre, Thérèse Spirli, Marie-Jasmine Cocito
 
Images et projection, Pedro Pires, avec Étienne Frayssinet, Antoine J. Chami, Vincent Sanjivy, Thomas Lampis, Gilles Quatreboeuf
Surtitrage, Suzana Thomaz
 
Costumes, Marie-Hélène Bouvet, Nathalie Thomas, Annie Tran
Coiffures et perruques, Jean-Sébastien Merle
 
Souffleuse et professeure de diction, Françoise Berge
 
Assistante à la mise en scène, Lucile Cocito
 
 Merci aux élèves et anciens élèves du diplôme de technicien des métiers du spectacle du Lycée Léonard de Vinci (Paris), Louise Morizot, Alexis Delair, Mathilde Apert, Noémie Notseck, Emeline Jenger, Gaëlle Lebris, Mathilde Coursault, Théophile Carrot et Caroline Siau et leurs professeurs Anne Bottard, Thierry Decroix, Julie Strauss et Franck Vallet ;
 
Merci aux élèves de 4e et 5e année de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs et leurs professeures Elise Capdenat et Annabel Vergne ;
 
Merci à l’Association Gaïa (Hôpital Lariboisière) ;
 
Merci à Marie Germain, Clément Laillet, Saphir Reid, Faustine Roux, Joséphine Guin, Esther Genoux, Emeline Antiopermo, Adèle Billot-Morel, Salomé Vanderdriessche, Ming Liang, Melissa Nibbio, Noémie Jarry, Emma Chapon, Baptiste Di Nicolo, Alice Jeannerat (renforts à la couture) ; Martine Loit (renfort aux accessoires) ; Mordjane Djaouchi (conseil en acrobatie) ; Rea Nolan (consultante en dialectes anglais) ; Catherine Schaub et Erhard Stiefel. 
 
Le développement du projet a bénéficié de l'apport d’Ex Machina ; à ce titre, ont aussi participé à la création : David Leclerc (vidéo), Olivier Bourque et Mateo Thébaudeau (direction technique), Benoît Brunet-Poirier (régie vidéo), Gabrielle Doucet (réalisation du tableau), Virginie Leclerc (accessoires), Rick Miller (voix de Robert Pickton), Marie-Soleil Bélaner (musicienne - erhu), Tommy Gauthier (musicien - violon), Viviane Paradis (production).
 
Avec le soutien du Centre des Arts de Banff, Alberta (Canada) et des programmes culturels de l’Université Simon Fraser Woodward, Vancouver (Canada).

À toutes les grandes affaires, Charles-Henri Bradier
Les affaires techniques et organisatrices, Étienne Lemasson, avec l’aide de Pascal Gallepe
Les affaires administratives, Astrid Renoux, avec l’aide de Joséphine Supe, et les affaires comptables, Rolande Fontaine
Les affaires publiques, Liliana Andreone, Sylvie Papandréou, Svetlana Dukovska, Margot Blanc
Les affaires internationales, Elaine Méric
Les affaires éditoriales, Franck Pendino
Les affaires locatives, Maria Adroher Baus, Eugénie Agoudjian, Pedro Castro Neves
Les maîtres du bar et des cuisines, Karim Gougam, Paban das Baul, Mimlu Sen, Hélène Cinque
L’affiche et le tract publicitaire, Thomas Félix-François
Le grand soigneur, Marc Pujo
La photographe, Michèle Laurent
Les brigades alternées du bar, Maixence Bauduin, Lucas Dardaine, Magdalena Galindo, Farid Gul-Ahmad, Azizulah Hamrah, Alain Khouani, Naweed Kohi, François Lepage, Quentin Lashermes, Ya-Hui Liang, Justine Louvel, Vijayan Pannikkaveettil, Valérie Pujol, Masoma Rezaie, Shohreh Sabaghy, Kristina Skorikova, Martin Van Eeckhoudt
L’intendance et l’entretien, Dickey Khanchung, Janos Nemeth, Nora Sandholm-Azémar
La ronde de nuit (alternée), Nowrouz Soltan, Hakim Beg Rahmani, Mohd Haroon Amanullah
 

Crédits :

Témoignages vidéo de survivants de pensionnats autochtones au Canada, projet Where Are The Children ?, The Legacy of Hope Foundation
Fats Domino, Blueberry Hill (1956), interprété par Stéphane Brulotte (voix et piano)
Cornelius Krieghoff, Un chasseur huron-wendat appelant l’orignal, vers 1868, estampe, Collection Musée McCord
Henry-Daniel Thielcke, Présentation d’un chef nouvellement élu au Conseil de la tribu huronne de Lorette, 1840, huile sur toile, Château Ramezay
Joseph Légaré, Josepthe Ourné, vers 1840, huile sur toile, National Gallery of Canada 

Production Théâtre du Soleil, avec le Festival d’Automne à Paris

Spectacle créé le samedi 15 décembre 2018 à la Cartoucherie

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