Un Dimanche au cachot : un enfermement physique, mental et social où l’enfer, c’est l’absence des autres

  • A suivre

27-06-2018 par Mathilde Desanges et Sheila Vidal-Louinet

Dans le cadre de "Outre Mer Veille", le Tarmac porte une attention particulière aux artistes ultramarins avec trois spectacles, dont une adaptation théâtrale du roman de Patrick Chamoiseau "Un dimanche au cachot". Dans ce texte adapté pour le théâtre, José Pliya a décidé de ne conserver que le personnage et la parole de celle appelée « L’oubliée », une jeune chabine enfermée au cachot par son maître pour avoir osé crier contre lui. D'autres dates ne sont pas encore annoncées, mais nous suivons cette création avec intérêt. 

Façon Claude Régy, la scénographie de Serge Tranvouez, comme le jeu de Laetitia Guédon sont minimalistes. Seul un petit carré lumineux tracé au sol, recouvert de pierres et de sable, attire notre attention. La comédienne est en son centre. Sa peau se fond dans ses vêtements noirs, elle est pieds nus. Nous sommes dimanche.

L’enfermement... sujet privilégié de José Pliya : celui dans lequel est physiquement coincée la comédienne où tout son jeu est circonscrit dans ce carré et dont l'enjeu est précisément d'arriver à en sortir... prouesse scénique et prouesse artistique d'arriver à faire passer toutes ses émotions dans un si petit espace ; d'arriver à transcender cet enfermement physique en un enfermement mental... Bravo !

Description poignante de cette jeune esclave qui nous fait part de ses craintes : « Je suis méprisée, je ne suis rien de rien ! ». La femme esclave est assujettie à son maître, enfermée, esseulée, dans un petit espace sombre, au désespoir. Il n'existe pas beaucoup de témoignages écrits ou retranscrits de femmes esclaves. Le plus mémorable, celui de Mary Prince, interprété par Souria Adèle.

En la mettant au cachot, le « maître » participe à sa destruction. La voix de l’actrice alterne d’ailleurs entre des moments sonores et calmes, rapides et lents. Le temps qui passe, cette attente insupportable, est matérialisée par un rythme répétitif, joué par un homme que l’on distingue à peine. Au fond à gauche de la scène, dans la pénombre, il est assis à un bureau. Situé clairement à l’extérieur du carré lumineux dans lequel est enfermée la jeune esclave, il est le seul contact qu’elle puisse avoir avec l’extérieur. Il n’est pas seulement un musicien et sa musique n’est pas un simple bruit de fond qui illustrerait le jeu de l’actrice. Il semble en effet dialoguer à travers ses mélodies et ses rythmes avec cette « oubliée ».

 

Cette pièce nous plonge dans l’horreur du cachot et de son enfermement que le spectateur vit presque de l'intérieur. Elle est un hommage à tous les « oubliés » de l’esclavage, à tous ceux qui endurent et ont enduré le cachot pour avoir osé lever la voix comme elle. Elle rend également hommage à ceux d’aujourd’hui qui souffrent de l’enfermement sous toutes ses formes : physique, mental et social. Tout l’enjeu est donc de faire entendre une voix qui se bat pour survivre. De faire entendre, aussi, la prose, unique et délicieuse de Patrick Chamoiseau.

L’oeil de l’équipe

L’œil pédagogique (coup de gueule!)

Nous avons eu la très mauvaise surprise d'assister à une représentation pendant laquelle un groupe classe était présent et pas préparé. Au tout premier rang, la comédienne, comme les spectateurs, ont été gênés par des rires intempestifs, des attitudes inadmissibles dans ce contexte. Les enseignants, responsables de leurs élèves, doivent impérativement être plus vigilants, car manifestement c'était un rendez-vous loupé et très certainement mal préparé.

Cette pièce peut être vue en français comme en E.M.C. Un gros travail avait été mené sur Mary Prince par l'équipe de Qui Veut Le Programme? et pourrait être en grande partie repris.

                    ***

Un dimanche au cachot.

D’après le roman de Patrick Chamoiseau.
Texte adapté pour le théâtre par José Pliya.
Mise en scène de Serge Tranvouez.

Avec Laetitia Guédon (jeu) et Blade Mc Alimbaye (musique).
Durée : 1h

 Pas de dates annoncées pour le moment. Pièce à suivre. 

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